La grogne monte chez les cheminots de la SNCF alors que la réforme de 2018 se met en place

En ce début d’été pluvieux, le baromètre des relations sociales à la SNCF est-il en train de virer vers « mauvais temps » ? Pour la première fois depuis que la crise sanitaire a touché le monde et la France, en mars 2020, un orage social semble bien en train de se former dans le groupe public ferroviaire, lequel pourrait avoir quelques conséquences sur les déplacements des Français. Le coup de semonce est tiré par la CGT-Cheminots, avec un préavis de grève nationale déposé pour le jeudi 1er juillet.

Selon des premières indications, le mouvement devrait avoir un impact modeste sur les circulations, d’autant que la CGT, première organisation syndicale du rail, est la seule à appeler à une grève ce jour-là. Immédiatement après, un deuxième préavis, cette fois sur les trains à grande vitesse low cost Ouigo, a été déposé par les trois autres syndicats représentatifs de la SNCF – UNSA-Ferroviaire, SUD-Rail et CFDT-Cheminots – pour le premier week-end de grands départs en vacances, les samedi 3 et dimanche 4 juillet. Selon nos informations, une négociation sur les revendications (perte de rémunération sur des primes, organisation de pauses) visant à annuler le préavis a échoué mercredi 29 juin, et on se dirigerait vers un trafic Ouigo dégradé le prochain week-end.

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Ces deux mouvements ne sont pas les seuls indices d’une grogne montante. Une grève sur les lignes du Transilien (RER et trains de banlieue d’Ile-de-France) a été fortement suivie, lundi 21 juin, premier jour des épreuves orales du bac, avec 60 % de conducteurs en grève. Autre signe : le secrétaire général de l’UNSA-Ferroviaire, Didier Mathis, a écrit une lettre ouverte, inhabituellement longue et amère, au PDG de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, publiée par le site spécialisé Mobilettre. Le patron du deuxième syndicat du rail, très présent chez les cadres de proximité et traditionnellement partisan d’un dialogue apaisé, décrit un système managérial déshumanisé, déresponsabilisé, et un « jeu de dupes entre l’échelon national des discours (…) pleins de positivisme… et la réalité des agents sur le terrain ».

Une filiale par appel d’offres

Les causes de ce malaise sont à chercher dans les conséquences de la réforme de 2018, qui a été mise en œuvre en 2020 mais dont les effets sociaux ont été comme gelés pendant la crise sanitaire. C’est d’abord la transformation de l’entreprise en cinq sociétés anonymes différentes, lesquelles chapeautent des sous-sociétés, le tout créant un effet d’émiettement, malgré le message d’unité affiché par M. Farandou avec son projet d’entreprise « Tous SNCF ». « Le modèle recherché est désormais celui d’une multinationale de PME », note la CGT.

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