« La Guerre civile », l’histoire d’un mal universel

Livre. De la Syrie à l’Ukraine en passant par l’Afghanistan ou l’Ethiopie, la quasi-totalité des conflits qui aujourd’hui ensanglantent le monde sont intra-étatiques, c’est-à-dire internes aux Etats, pour des raisons politiques, sociales, ethniques ou religieuses. Mal universel, la guerre civile est aussi un mal ancien. Pour la pensée grecque classique, déjà, elle était le « pire des maux » selon la formule que reprendront des siècles plus tard aussi bien Thomas Hobbes que Blaise Pascal. La « stasis », la guerre civile, différente de la « polémos », la guerre avec l’ennemi extérieur, n’a cessé depuis l’Antiquité de hanter les philosophes car elle déchire la vie en commun jusqu’à mettre le corps politique en péril. Certains, certes, l’ont vue comme un moindre mal face au risque de la tyrannie. D’autres, tel Karl Marx, l’ont saluée comme une occasion de changer la société.

« Les corps politiques se succèdent, naissent, meurent ou se transforment sous des régimes et des formes distinctes ; mais toujours la guerre civile ressurgit » souligne Guillaume Barrera, dans un livre dense – parfois trop – au carrefour de la philosophie, de la politique et de l’histoire. Depuis la polis grecque jusqu’aux sociétés contemporaines en passant par la Rome antique, les cités italiennes, les guerres de religion, la Révolution française, les printemps des peuples du XIXsiècle, le grand rêve révolutionnaire marxiste, etc., le philosophe analyse le phénomène, dressant « non pas une histoire universelle des guerres civiles mais une histoire des guerres civiles à caractère universel ». Le pari est tenu en convoquant aussi bien Platon qu’Aristote, Cicéron, Machiavel, Hobbes, Hume, Tocqueville, Marx ou Carl Schmitt.

Affrontement idéologique

L’effroi face à la violence du tous contre tous, et donc la peur de la guerre civile sont à la base de la légitimation de l’Etat, le Leviathan – ce « dieu mortel » selon le mot de Hobbes – qui exige la soumission et s’octroie le droit exclusif de donner la mort en échange de la protection. Cette vision absolutiste fut combattue par Spinoza puis par les penseurs des Lumières, Montesquieu, Rousseau, Kant, au nom d’un droit naturel à la liberté. Le libéralisme se voudra au XIXe siècle comme l’autre réponse à la guerre civile, tentant de la domestiquer sans nier la réalité des conflits qui la portent.

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Aux yeux de l’auteur, la guerre d’Espagne a été l’archétype de la guerre civile totale, à la fois affrontement idéologique et ébauche du second conflit mondial, apogée d’une guerre civile européenne et mondiale. Philosophe du politique avant tout, Guillaume Barrera rappelle que la violence reste au cœur de toutes les sociétés humaines, insupportable vérité refoulée mais immuable. Il en est convaincu : « La guerre civile n’est jamais très loin et jamais ne disparaît sans retour. »

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