« La Guerre d’Archidamos » : Donald Kagan corrige Thucydide

Aristomène se cachant dans une grotte, pendant la guerre du Péloponnèse (vers 670 av. J.-C.).

« La Guerre d’Archidamos. Nouvelle histoire de la guerre du Péloponèse, tome II » (The Archidamian War), de Donald Kagan, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Alexandre Hasnaoui, Les Belles Lettres, « Histoire », 444 p., 35 €, numérique 25 €.

La longue guerre qui opposa l’empire athénien à Sparte et ses alliés au Ve siècle av. J.-C. occupe une place à part dans l’histoire des conflits. Elle fascine d’autant plus qu’elle reste associée à celui qui en fit le récit dans La Guerre du Péloponnèse, Thucydide (460-400 av. J.-C.), considéré comme l’un des pères de la discipline historique. Cet affrontement entre deux puissances grecques a donné lieu à bien des projections. On y a vu la lutte entre deux principes idéologiques de longue durée, la démocratie athénienne contre l’oligarchie lacédémonienne, la mise en échec de la « thalassocratie » (la puissance maritime) athénienne par un ennemi essentiellement continental. On a même vu dans le triomphe final de Sparte et ­l’occupation d’Athènes la préfiguration de la polarité entre résistance et collaboration. La systématisation des massacres de civils anticipe à sa manière bien des guerres modernes.

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L’historien américain Donald Kagan, mort en août, ne dédaigne pas les leçons qui peuvent être tirées de cet événement lointain. Mais il constate surtout qu’il n’est pas aisé de le reconstituer, d’autant que la principale source contemporaine reste Thucydide, qui en fut l’un des ­acteurs. Dans les quatre volumes de sa Nouvelle Histoire de la guerre du Péloponnèse, commencée en 1969, dont le deuxième paraît en français sous le titre La Guerre d’Archidamos, nom du roi de Sparte qui engagea en − 431 une séquence de dix années d’hostilités, ­Donald Kagan propose une critique convaincante de La Guerre du Péloponnèse, en s’aidant de matériaux nouveaux, par exemple les inscriptions d’époque.

Un autre portrait de Cléon

D’où une passionnante relecture du conflit qui n’hésite ni à corriger Thucydide ni à combler ses lacunes. Si Donald Kagan ­estime que les discours de Périclès (495-429 av. J.-C.), des Spartiates, etc., à travers lesquels l’historien athénien expose les faits et les réflexions des protagonistes, ont bien tous une base historique et ne se limitent pas à un procédé littéraire, il réhabilite en revanche certaines figures honnies, à commencer par celle du démocrate Cléon. Issu d’une famille de commerçants, celui-ci est dépeint comme un lâche ­démagogue et un va-t-en-guerre impénitent par Thucydide. Chez lui comme dans les comédies d’Aristophane, il sert surtout de contrepoint à Périclès, chantre d’une stratégie tout en retenue, ou au modéré Nicias (470-413 av. J.-C.). De Cléon on retient ­surtout qu’il prôna l’exter­mination de tous les habitants mâles de Mytilène (428 av. J.-C.) après la révolte de cette ville, tuerie qui ne put être évitée que de justesse.

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