La « guerre des étoiles » en entreprise, ou comment des salariés testent l’évaluation réciproque

« La première note que j’ai eue était un 4 sur 5, de la part d’un développeur qui a l’âge de mon fils : il m’a reproché de ne pas être là le jour du lancement de l’appli, raconte Olivier Charbonnier, fondateur du Sept – un nom prédestiné pour se donner des notes. Il y avait un malentendu, il ne savait pas que j’avais pris un jour pour souffler, donc j’ai pu le lui dire. »

Pendant deux semaines, les salariés de ce collectif de trois agences de conseil en ressources humaines ont fait l’expérience d’une « guerre des étoiles », pour observer les impacts de la notation en entreprise : tous les soirs, treize salariés volontaires (sur vingt-sept) ont noté sur cinq étoiles les collègues avec qui ils avaient eu des interactions de travail durant la journée, sur une application coconstruite au préalable. Le lendemain à 8 heures, chacun découvrait son score.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Entre bons résultats et attentes des salariés, le grand écart de Carrefour

Popularisées avec l’émergence des plates-formes comme Uber ou Airbnb, les manières d’évaluer ses salariés ou ses dirigeants se sont multipliées, et l’entretien annuel n’est plus le seul moyen de juger les performances.

S’il existe des plates-formes où les salariés notent leur entreprise, comme Glassdoor, c’est entre les salariés qu’apparaissent désormais des notes pour jauger facilement, rapidement et plus régulièrement les aptitudes professionnelles de chacun. C’est le cas de l’application 5Feedback, qu’utilisent 80 000 personnes dans une dizaine de grandes entreprises (Crédit agricole, Safran…) : chaque volontaire est noté sur quatre aspects de son comportement au travail.

Une obligation de transparence

L’expérience du Sept relève d’une évaluation à 360 degrés, un outil de management où tout le monde note tout le monde, quel que soit le lien hiérarchique. « L’évaluation a du succès car elle répond à l’illusion qu’elle va nous révéler à nous-même, explique la psychanalyste Bénédicte Vidaillet. On attend de l’Autre, au sens de l’entreprise, qu’il nous dise quelque chose de plus profond sur soi. »

Dans le cadre de leur expérience, les salariés des agences ont été déstabilisés par cette évaluation tous azimuts, d’autant que le patron avait accès à l’intégralité des notes émises. « J’ai eu le sentiment d’ouvrir le courrier des uns et des autres, mais il y a aussi de la régulation à faire si quelqu’un donne des 2 sur 5 à tout le monde et met une ambiance pourrie », justifie Olivier Charbonnier.

En entreprise, la notation des salariés est autorisée à condition qu’elle soit transparente, dit la loi. Un employeur a le droit d’évaluer ses collaborateurs à condition de consulter le comité social et économique (CSE) et d’informer les personnels concernés. « Les méthodes et les techniques d’évaluation doivent toujours être pertinentes au regard de la finalité poursuivie. Il faut que les critères soient préétablis, précis, adaptés et connus des salariés », résume l’avocat Yann Decroix.

Il vous reste 51.79% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.