« La junk food, est-ce que c’est vraiment le goût de “M” ? » : le petit monde de « M »

A quoi ça ressemble, quelqu’un qui a bon goût ? Celui de M en tout cas ? Que mange-t-il ? Que boit-il ? Comment s’habille-t-il ? Comment parle-t-il ? Et de quoi ? Le temps d’un numéro spécial Le Goût de M, on a enfin le droit de raconter à quoi ressemblent ces personnes qui l’incarnent, et s’efforcent de le transmettre à leurs lecteurs.

Pour commencer, le goût de M n’est pas inné. Les gens de M ont besoin de se réunir souvent pour en isoler ­l’essence… Le goût de M s’éduque, comme tous les autres goûts.

La rédaction de M a ceci de très rare dans le panorama de la presse écrite qu’on y trouve de tout sur les bureaux. Vraiment de tout. Des ouvrages consacrés aux atrocités commises en Libye, des livres de sociologues, des crèmes hydratantes, des dossiers de presse d’exposition d’art contemporain, des revues allemandes, des exemplaires du New York Times, des romans de la rentrée littéraire (ou de celles d’avant). Dans les autres journaux, il faut aller d’une rubrique à une autre pour trouver tout cela. Mais à M, tout se côtoie, comme dans les pages du magazine.

Il y a parfois des miettes de panettone sur une étagère, mais on ne sait jamais si c’est là pour être mangé ou pour être shooté. Sur la table de l’édition, le service chargé de la relecture et de la correction des articles, une boîte de bonbons propose tout ce qu’il y a de plus coloré et chimique, chacun y pioche et semble y trouver son compte. C’est aussi ça, le goût de M.

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A quoi on les reconnaît

Ils travaillent dans une rédaction aussi silencieuse qu’une crypte d’église, mais sont capables de s’écharper en réunion pour débattre de la disparition des « enfilades », des meubles dont vous ne saviez même pas qu’ils avaient un nom. Quand ils emploient l’adjectif « bon », c’est toujours pour des trucs qui ne se mangent pas (les bons livres, les bonnes revues, la bonne chaise). Ils parlent beaucoup de « traitement en majesté », mais assez peu de têtes couronnées. Ils s’échangent des conseils de maisons d’hôtes dans le Perche, avec une pension complète où tous les ingrédients viennent de l’agriculture raisonnée. Et vont s’acheter leur déjeuner à la sandwicherie d’en bas.

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Comment ils parlent

« J’adore j’adore j’adore. » « Pitié, on le garde. » « C’est l’anniversaire de Kim Kardashian aujourd’hui. » « C’est une grande maîtresse du quilt. » « Soyez alambiqués mais le plus proche possible de la réalité. » « On va publier des fiches cuisine et ce sera des fiches cuisine faisables. » « Les lecteurs n’ont pas besoin de nous pour découvrir ça. » « Alors que tous les magazines parlent des lieux qui ouvrent, je trouve ça pas mal qu’on parle d’un lieu qui ferme. » « On ne va pas non plus faire quelque chose qui ne nous ressemble pas. » « Non, pas des Crocs. » « Ce serait ultra snob mais on serait les premiers. » « Oh, lui, il ira sans doute à Marseille en chaise à porteurs ! » « La junk food, est-ce que c’est vraiment le goût de M ? » « Bien sûr, qui dit “pâtes”, dit “jolie assiette creuse”. » « On peut mettre une bière sur une chaise avec un bout de quelque chose à côté, mais il faut rester dans un truc naturel. » « Une recette ultime qu’on pourrait faire chez soi où il n’y aurait pas besoin de citron iranien. »

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