La junte au pouvoir face à la « révolution birmane »

Analyse. La « désinvitation » du général putschiste birman Min Aung Hlaing de la série de sommets des dirigeants de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean) programmés du 26 au 28 octobre a envoyé un signal fort sur la gravité de la situation en Birmanie.

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Et pour cause : la région fait face à la perspective d’un Etat failli qui bascule vers la guerre civile, qui est un foyer épidémique persistant et va générer un nombre croissant de réfugiés et de trafics. L’effondrement de l’économie birmane accroît le flux de candidats à la migration, légale et illégale, dont la Thaïlande est la principale destination. Il va pousser, à la faveur du chaos grandissant, les territoires contrôlés de longue date par des « organisations ethniques armées », comme la guérilla kachin ou karen, ou sous la coupe de milices pro-junte, à renouer avec les trafics dont elles peinaient déjà à se défaire : matières premières, bois, drogues… Ces régions sont aussi les principales pourvoyeuses des armes pour la résistance.

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La perspective, avec la saison sèche qui commence, d’une offensive de grande ampleur de la Tatmadaw (les forcées armées birmanes) contre l’insurrection armée ajoute à l’urgence. Vendredi 29 octobre, les forces militaires qui progressent dans l’Etat Chin, dans le nord-ouest, près de la frontière indienne, ont incendié la ville de Thantlang, à 30 kilomètres de la capitale, Hakha. La plupart des habitants ont fui, mais l’église et environ 250 bâtiments auraient été détruits.

La Tatmadaw, qui veut reprendre le contrôle sur les foyers de résistance apparus dans des régions pacifiées de longue date (l’Etat Chin mais aussi les régions à majorité bamar de Sagaing et Magwe), commence par la plus vulnérable d’entre elles : l’Etat Chin, peuplé par des ethnies chin, chrétiennes en majorité, est l’un des plus pauvres de Birmanie. Les tactiques déployées par l’armée birmane « rappellent de manière sinistre celles employées par l’armée avant ses attaques génocidaires contre les Rohingya [en 2016 et 2017] ». Il faut s’attendre à encore davantage d’atrocités à grande échelle », a prévenu, le 22 octobre à l’Assemblée générale des Nations unies à New York, le rapporteur spécial sur les droits de l’homme, Tom Andrews.

Faire échouer le putsch

Certes, on ne saurait reprocher aux Birmans, à qui la transition démocratique puis les élections de 2020 ont été confisquées, de prendre les armes face à cette armée qui n’a cessé de les brimer depuis le premier coup d’Etat de 1962. Les Birmans, d’ailleurs, parlent d’une « révolution » : il s’agit non seulement de faire échouer le putsch du 1er février, mais in fine de faire rentrer l’armée dans les casernes et de refonder le pacte du « vivre-ensemble » entre la majorité bamar et les ethnies.

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