La liberté sexuelle des femmes, c’est pas encore gagné !

LE SEXE SELON MAÏA

Il y a presque exactement dix ans, le concept de « slut-shaming » faisait son apparition dans les médias pour désigner la culpabilisation des « salopes » (sluts en anglais). Si l’expression est née en 2011 à Toronto lors de l’organisation des SlutWalk (des manifestations défendant le droit des femmes à sortir dans la tenue de leur choix), elle a vite conquis le monde entier.

Pourquoi a-t-il fallu attendre 2011 pour nommer le slut-shaming ? Sans doute parce que la répression de la sexualité féminine a longtemps paru non seulement normale, mais « naturelle ». C’est en effet la nature qu’on invoque, spontanément, pour justifier la différence de traitement entre les hommes aventureux (des don Juan) et les femmes aventureuses (des salopes).

L’argument se divise généralement en deux blocs : un aspect biologique, et un autre social. Du côté de la biologie, les hommes seraient « programmés » pour répandre leur semence, tandis que les femmes seraient « programmées » pour choisir un mâle, un seul, susceptible d’assurer leur protection pendant qu’elles maternent leurs bébés. Une femme « évoluée » devrait donc se montrer sexuellement exclusive. Le volet social complète la démonstration : quitte à protéger une femme, les hommes doivent s’assurer que cette dernière porte bien leur descendance (et pas celle du livreur de pizzas) – d’où la nécessité d’un contrôle de la sexualité féminine.

Compétition génétique

A cela s’ajoute un troisième argument, déployé dans un essai tout récent et très réussi : Au commencement était le sexe, de Christopher Ryan et Cacilda Jetha (Alisio, 416 pages, 24 euros). Pour ses auteurs, respectivement psychologue et psychiatre, c’est dans la compétition génétique qu’il faudrait chercher la justification d’une véritable « guerre contre la libido féminine ». Car si les femmes étaient libres, nombre d’hommes n’accéderaient ni à la sexualité, ni à la reproduction. Le slut-shaming servirait donc à maintenir la cohésion sociale en répartissant l’accès au sexe, via la monogamie.

Pour toutes ces raisons, la répression aurait prospéré sous les formes déprimantes qu’on lui connaît : chasteté obligatoire avant le mariage, enfermement au foyer ou au couvent, camouflage du corps et/ou des cheveux, excision, punition accrue en cas d’adultère, ostracisation des prostituées et des femmes perçues comme non vertueuses, crimes d’honneur, féminicides, etc. Des violences auxquelles on ajoutera des formes « bienveillantes » de sexisme : surveillance familiale et conjugale (« Ne rentre pas seule, reste joignable, prends plutôt un taxi »), paternalisme institutionnalisé (comme ce tweet publié par la police nationale en mars dernier, qui suggère aux femmes de ne pas se prendre en photo toutes nues).

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