« La “liberté”, un étendard usurpé par l’extrême droite »

Chaque samedi de ces mois de juillet et août, des manifestations hétéroclites ont lieu en France contre la politique sanitaire gouvernementale actuelle : on y entend résonner le cri de « liberté ! » , comme celui de « résistance ». On s’y élève contre la « dictature sanitaire » en quoi consisteraient les régulations collectives décidées au plan national contre le regain de Covid-19. Forcément en partie contraignantes, ces régulations sont mises en œuvre avec essais et erreurs, elles sont sans originalité et se voient expérimentées dans pratiquement tous les pays touchés sur la planète par l’actuelle et gravissime pandémie.

Dans la mouvance composite des manifestants, mettons de côté les libertaires et les extrêmes gauches diversifiées : leur argumentaire pose comme équivalents une dictature politique, faite pour dominer, opprimer, écraser le peuple, et une régulation sanitaire obligée, qui s’inscrit dans l’histoire séculaire des vaccins devenus obligatoires, par exemple à la naissance ou fortement conseillés, pour la santé du plus grand nombre. Les choix de politique sanitaire actuels seraient comme le cheval de Troie des atteintes à venir plus graves contre la démocratie. Ces analyses, qui supposent un bienheureux déni de la gravité du virus, peuvent évidemment être discutées – sous la condition de ne pas être intubé en réanimation sur le lit d’un hôpital débordé, lit cher payé par la Sécurité sociale.

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En revanche, ce qui laisse rêveur ici, c’est le choix de slogans comme « liberté » et « résistance » par les mouvances d’extrême droite fort présentes dans ces manifestations. Il est loin le temps, plus d’un siècle, où les écrivains nationalistes Emile Erckmann et Alexandre Chatrian signaient ensemble des phrases comme : « Les libertés ? Les droits de l’homme ? Cet évangile monstrueux de la racaille ! » En 2021, l’extrême droite crie dans les rues « liberté ! » et « résistance ! »… Le mot « résistance », en France, fait évidemment référence en premier lieu aux luttes clandestines contre l’occupant nazi, sous un régime défait historiquement en 1945, mais dont bien des mouvances d’extrême droite sont nostalgiques. La « résistance » est une valeur nationale, enseignée dans les écoles, elle est même un « devoir de… » en cas de menace contre « les libertés » démocratiques… celles-là même que les régimes d’extrême droite au pouvoir tentent de détruire.

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