« La longue course d’Uber vers les profits est loin d’être achevée »

Depuis dix ans qu’il attendait la nouvelle, Uber savoure une petite victoire. Pour la première fois de son existence, l’entreprise, fondée en 2009 à San Francisco, a annoncé, jeudi 4 novembre, avoir réalisé le premier « vrai » profit de son existence. Un chiffre à prendre avec recul puisqu’il s’agit de son excédent brut d’exploitation (ebitda, en anglais), c’est-à-dire la première ligne des bénéfices sur un compte d’exploitation avant que soient retranchés les intérêts, amortissements, impôts et dépréciations de toutes sortes.

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Au deuxième trimestre 2021, il était encore négatif de 509 millions de dollars (440 millions d’euros) ; sur le troisième trimestre, clos fin septembre, il est positif de huit millions. Ce n’est pas énorme quand on réalise dans le même temps 4,8 milliards de dollars de chiffre d’affaires trimestriel, mais c’est un signal. Si la société avait affiché en juin un gros bénéfice net trimestriel de 1,1 milliard, cela était entièrement dû à la valorisation de sa participation dans son homologue chinois Didi. L’effondrement récent de la valeur de ce dernier a provoqué l’effet inverse ce trimestre, en forçant Uber à afficher une perte nette de près de 2,4 milliards de dollars.

La question du statut des chauffeurs, un sujet explosif

La longue course de l’entreprise vers les profits est donc loin d’être achevée, et beaucoup d’obstacles parsèment sa route. D’abord, son métier en forte croissance de livreur de repas et de courses, avec Uber Eats, reste déficitaire et en proie à une âpre concurrence, ce qui permet aux restaurateurs de pousser les commissions à la baisse. Ensuite, le modèle de prix des trajets en voiture est sous forte tension. Pour le client, il n’est plus très différent de celui d’un taxi traditionnel et, pour le chauffeur, il est insuffisant compte tenu de la commission prélevée par Uber. Enfin, la question du statut des chauffeurs reste un sujet explosif. De nombreuses villes et pays imposent à Uber de traiter ses prestataires comme des employés, avec le salaire minimum et la couverture sociale qui accompagnent ce statut.

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Ces menaces sur la rentabilité de la société sont d’autant plus présentes qu’elle n’est plus une jeune pousse. Entrée en Bourse avec une valorisation stratosphérique de 90 milliards de dollars, elle ne peut plus compter, comme à ses débuts, sur la patience des investisseurs, lesquels sont partis avec leurs gains. Les nouveaux ne veulent que des bonnes nouvelles et pas trop lointaines. Sous peine de se demander rapidement si une entreprise, certes mondiale et puissante, vaut une telle somme. Il faudra le démontrer rapidement.