« La Machine de Pascal », de Laurent Lemire : la chronique « essai » de Roger-Pol Droit

La machine à calculer de Pascal.

« La Machine de Pascal », de Laurent Lemire, Grasset, 142 p., 16,50 €, numérique 12 €.

BLAISE PASCAL ET LA MACHINE QUI COMPTE

Ce n’est pas une curiosité. Encore moins un détail. La machine à calculer conçue et réalisée par Blaise Pascal (1623-1662) constitue un objet crucial et complexe à déchiffrer. Cette nouveauté n’a rien à voir avec les bouliers et abaques qui l’ont précédée. Le mécanisme est sophistiqué, capable d’additionner, soustraire, multiplier, diviser. Rien d’étonnant pour nous qui vivons entourés d’ordinateurs. En revanche, si l’on se transporte mentalement à l’âge classique, c’est une révolution.

A 19 ans seulement, Pascal – « fou sublime » pour Voltaire, « effrayant génie » pour Chateaubriand – invente ce qui semblait impossible : une chose qui calcule seule, opérant à la place de l’esprit. Pour la créer, il fallait une intelligence exceptionnelle doublée d’une audace inouïe. Les défis à relever étaient d’abord théoriques : comment des actes de l’esprit peuvent-ils être effectués par des roues dentées en métal ? Mais ces défis étaient aussi pratiques et techniques : par quelles astuces physiques faire coïncider les lois de l’arithmétique et celles de la mécanique ?

Soulager l’humanité

A Rouen, le jeune homme, déjà fort souffrant, multiplie calculs et croquis. Et trouve la solution. Il lui faut alors convaincre les artisans, veiller à la construction, suivre la mise en œuvre de sa merveille, destinée à soulager l’humanité en débarrassant chacun du fardeau mental des comptes et décomptes. Pascal veut à tout prix que sa machine soit simple d’usage, efficace en toutes circonstances, robuste, et même esthétique. Il ne cessera de se démener pour voir son invention protégée, commercialisée, utilisée.

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Laurent Lemire raconte cette histoire singulière, un peu oubliée, avec une savante légèreté et une profonde empathie. L’attrait de ce livre est d’évoquer le roman autant que l’essai, la biographie autant que la monographie. Car le journaliste, auteur d’une quinzaine d’ouvrages – un bon nombre consacrés aux grandes figures et petites étrangetés de l’histoire des sciences –, a compris combien la « Pascaline » constituait une clé pour entrevoir les secrets du mathématicien philosophe aussi bien que ceux de l’écrivain mystique. Quand Descartes rend visite à Pascal, en 1647, l’objet est au centre de leur conversation. La machine ne quittera plus la chambre de son inventeur. Elle va suivre, pas à pas, durant vingt ans, les parcours du génie, jusqu’à sa mort.

« Un objet philosophique »

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