La marionnette géante Amal fait une halte en France avant de rejoindre Manchester

La marionnette géante Amal, mardi 12 octobre à Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Et soudain, on l’a vue et les cris d’enfants ont fusé : « Elle est là ! » Il était un peu plus de 19 heures, mardi 12 octobre à Bobigny (Seine-Saint-Denis), où une petite foule s’était rassemblée au pied de l’hôtel de ville. Amal est arrivée, avec ses bottes en caoutchouc, sa petite jupe colorée, ses longs cheveux noirs et ses grands yeux. Quand elle a vu la foule, elle a eu un mouvement de recul, puis, sentant qu’il n’y avait pas de danger, elle a avancé sur l’esplanade. Elle, c’est une marionnette qui pourrait intimider les enfants, avec ses 3,50 mètres de haut. Mais non : « Elle est gentille », dit une petite fille. « Elle est jolie », ajoute une autre. C’est vrai que ses cils battent sur ses grands yeux et que sa bouche peut s’ouvrir sur un sourire. Pourtant, elle a l’air triste. « Parce qu’elle cherche sa maman », explique un jeune garçon à ses copains.

Tous les enfants présents ne savent pas qu’Amal vient de Syrie, où sa maman a disparu pendant un bombardement, et qu’elle marche depuis fin juillet. Partie de la frontière turco-syrienne, elle a traversé la Turquie, la Grèce, l’Italie – où le pape est venu lui serrer la main –, et la Suisse avant d’arriver en France. Elle est née à l’initiative de Good Chance, un organisme britannique créé par deux hommes de théâtre qui ont beaucoup œuvré dans la jungle de Calais. Avec Amal, Good Chance veut attirer l’attention sur tous les enfants réfugiés, jetés sur les routes du monde. Le projet, qui s’appelle « The Walk », est produit par Stephen Daldry (le réalisateur de Billy Elliot et The Hours), sa direction artistique a été confiée à l’auteur et metteur en scène israélo-palestinien Amir Nizar Zuabi, et c’est la fameuse troupe de marionnettes de Johannesburg, la Handspring Puppet Company, qui a imaginé Amal.

Un lit pour la nuit

A chaque étape, Amal est accueillie par des artistes, des institutions culturelles, des écoles ou des associations qui organisent des événements gratuits. A Bobigny, Hortense Archambault, la directrice de la maison de la culture, a demandé aux Grandes Personnes, une troupe de marionnettistes d’Aubervilliers, d’imaginer quelque chose. On a ainsi vu, dans le jour finissant, des créatures géantes aux corps d’animaux fantasmatiques, flamboyants de lumière, entourer Amal et l’inviter à danser, puis lui proposer un lit pour la nuit. Aux fenêtres des tours donnant sur le jardin devant l’hôtel de ville, des gens regardaient. Dans la foule, les enfants avaient les yeux écarquillés. Les plus audacieux auraient voulu courir vers Amal, les plus timides serraient la main de leur maman, de peur de la perdre, comme la petite fille arrivée dans leur ville.

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