La Métropole Rouen-Normandie désapprouve le choix des repreneurs de la papeterie Chapelle-Darblay et annonce vouloir racheter le site

Lors d’une manifestation à Rouen (Seine-Maritime) pour défendre les emplois du site de la Chapelle-Darblay, le 17 février 2014.

Le groupe finlandais UPM (United Paper Mills) a voté, vendredi 15 octobre, la vente de l’un des plus grands sites de recyclage de papier en France. Le propriétaire de l’équipement de la Chapelle-Darblay, à Grande-Couronne (Seine-Maritime), souhaite le céder à un groupement entre les entreprises françaises Paprec et Samfi Invest, mais la Métropole Rouen-Normandie a rapidement annoncé vouloir « user de son droit de préemption » pour racheter le site à la place des candidats sélectionnés.

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Le projet de Samfi-Paprec « comprend une activité de tri de déchets, sans recyclage, et la mise en place d’ici trois à cinq ans d’une unité de production d’hydrogène », a rappelé la métropole dans un communiqué, vendredi. « Les compétences et la valeur ajoutée de [la Chapelle-Darblay] en matière de recyclage papier/carton, uniques en France par leur nature et leur ampleur industrielle, seraient alors perdues » , argumente ensuite la collectivité pour justifier le lancement de procédure de préemption.

La mise en vente de la Chapelle-Darblay, annoncée en septembre 2019 avant sa fermeture en juin 2020, est surveillée de près par l’Etat et les collectivités territoriales. L’usine occupe un site de 33 hectares et pouvait traiter jusqu’à 480 000 tonnes de vieux papiers par an, soit le résultat du tri de 24 millions de personnes.

Offre concurrente de Veolia

Les discussions entre UPM et Samfi-Paprec sont en cours depuis plusieurs mois. Le projet retenu par UPM « prévoit dans un premier temps le regroupement des activités Paprec sur le site avec une cinquantaine d’emplois », a expliqué à l’Agence France-Presse (AFP) Julien Sénécal, secrétaire CGT du comité social et économique de l’entreprise. « Samfi prévoit 70 emplois à l’horizon 2030 pour un projet hypothétique lié à l’hydrogène », ajoute-t-il.

Un rachat par Veolia, numéro un mondial de l’eau et des déchets, avait aussi été évoqué, mais le groupe n’a déposé sa candidature que jeudi, en partenariat avec le papetier Fibre Excellence, premier producteur français de pâte à papier marchande. Dans un communiqué, Veolia avait promis 250 emplois qualifiés sur le site qui seraient « pour l’essentiel » issus des « compétences qui étaient présentes avant l’arrêt de l’usine ».

Le site « produirait 400 000 tonnes de carton d’emballage pour un marché international en forte croissance, à partir de papier et carton recyclés, collectés en France. L’énergie nécessaire à l’installation sera produite par une chaudière de cogénération biomasse », assurait Veolia. La multinationale française prévoyait également une modernisation de l’outil de production et de la chaudière, pour 120 millions d’euros d’investissement, afin de permettre « la relocalisation d’une industrie qui allait quitter la France », selon les mots de son président-directeur général, Antoine Frérot.

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« Il n’y aurait pas eu d’offre, cela aurait été différent. Mais, là, il y a des repreneurs industriels crédibles. Veolia et Fibre Excellence sont des entreprises sérieuses, qui mettent de l’ordre de la centaine de millions d’euros sur la table », a déclaré le président de la Métropole Rouen-Normandie, Nicolas Mayer-Rossignol, à l’AFP. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, et la ministre déléguée chargée de l’industrie, Agnès Pannier-Runacher, ont eux aussi estimé que l’offre concurrente de Veolia « mérit[ait] d’être examinée dans le détail ».

Lorsque l’entreprise UPM aura notifié à la métropole son intention de vendre à Samfi-Paprec, la collectivité aura deux mois pour faire valoir son droit de préemption, a précisé M. Mayer-Rossignol. « Le service des domaines fera une évaluation du site. Peut-être que le prix sera inférieur à ce qu’[UPM] escomptait avec la vente à Samfi-Paprec, mais c’est plusieurs millions d’euros », a précisé le président de la métropole à l’AFP. Selon M. Sénécal, Samfi a déposé une offre à hauteur de 7,5 millions d’euros, tandis que Veolia proposait 8 millions pour acheter le site.

Le Monde avec AFP