La mixité filles-garçons à l’école, une révolution inachevée

A Strasbourg, le 2 septembre 2021.

Histoire d’une notion. Mélanger filles et garçons dans les mêmes classes, l’idée est devenue une évidence, un pilier de l’école républicaine pour garantir l’égalité. Cette conquête historique, consacrée dans l’enseignement secondaire par la réforme Haby, en 1975, s’est pourtant imposée sans grand fracas. Une démocratisation silencieuse, explorée depuis une vingtaine d’années par des chercheurs – et surtout des chercheuses – en sciences sociales, dont les travaux décrivent une révolution inachevée.

Le mot lui-même apparaît tardivement, en 1956, dans la revue Les Cahiers pédagogiques. Il désigne d’abord exclusivement la mixité de sexe, avant de se généraliser, à partir des années 1990, à d’autres formes de mixité, sociale ou culturelle. L’éducation nationale évoque, de son côté, des « établissements mixtes » à partir de 1957, dans une circulaire aux objectifs pour le moins explicites : l’« expérience » n’est pas menée « au nom de principes, d’ailleurs passionnément discutés, mais pour servir les familles au plus proche de leur domicile ». Le ton est donné. « Si la mixité s’est imposée au fil du temps, c’est avant tout pour des raisons pratiques et économiques », résume l’historienne Geneviève Pezeu, autrice d’une histoire de la mixité (Des filles chez les garçons, Vendémiaire, 2020).

Dès l’origine, l’instruction commune des garçons et des filles ne fait pas partie de l’idéal révolutionnaire de 1789, malgré les appels de Condorcet à la « réunion des deux sexes » sur les bancs de l’école. Si les filles doivent apprendre à « lire, écrire, compter » en vertu de l’égalité des citoyens, elles ont aussi à se préparer, selon un décret de 1793, « aux talents utiles dans le gouvernement d’une famille ».

Révolution à bas bruit

L’inégalité de traitement dans les écoles va perdurer au XIXe siècle, y compris durant la Troisième République, où « demeure la croyance profonde de destins séparés pour les filles et les garçons », rapporte l’historienne Rebecca Rogers, autrice de La Mixité dans l’éducation. Enjeux passés et présents (ENS, 2004). Mais la pénurie de bâtiments et d’enseignants conduit très tôt à regrouper les élèves dans la même classe en primaire, un rideau faisant parfois office de cloison. Au cours du premier tiers du XIXe siècle, les écoles mixtes sont plus nombreuses que les écoles séparées. En 1933, quand la loi sur la « gémination » permet une répartition des élèves du primaire par tranche d’âge plutôt que par sexe, elle est déjà souvent mise en œuvre dans les petites communes rurales.

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