La mort de Charlie Watts, discret et populaire batteur des Rolling Stones

Performance de Charlie Watts, batteur des Rolling Stones, le 22 août 2019 à Pasadena, près de Los Angeles, en Californie.

Lors d’une unique rencontre avec le batteur anglais Charlie Watts, à l’automne 2011, quand il était revenu en France pour une courte tournée avec le groupe The A, B, C & D of Boogie Woogie, un an après un remarqué passage au club parisien Le Duc des Lombards, il avait rappelé sa passion de tout temps pour le jazz, en précisant sans fausse modestie « j’aime en jouer, mais je ne suis pas un jazzman ». Il ajoutait : « Ma vie professionnelle m’a amené ailleurs, mais je n’en ressens pas de frustration. Et chaque fois que je le peux, je retourne vers cette musique. » Cet ailleurs, celui par lequel Charlie Watts était connu du monde entier, c’était son poste de batteur des Rolling Stones, l’autoproclamé « plus grand groupe de rock’n’roll » depuis des décennies, qu’il avait rejoint en janvier 1963.

L’annonce de sa mort, « paisiblement et entouré de sa famille », mardi 24 août, dans un hôpital londonien, à l’âge de 80 ans, sans plus de précisions sur les causes, a été faite, en début de soirée, par son agent. Courant août, un communiqué avait indiqué, qu’à la suite d’une opération, Charlie Watts n’allait pas participer à la dizaine de concerts des Rolling Stones, prévus de septembre à novembre aux Etats-Unis et qu’il serait, pour la première fois dans la longue histoire du groupe, remplacé par un autre batteur.

Le jazz, musique par laquelle Watts est venu à la batterie

Si les Rolling Stones ont pour figure centrale le chanteur Mick Jagger et le guitariste Keith Richards, le jeu de Charlie Watts, comme celui de Ringo Starr au sein des Beatles, est indissociable du son du groupe.

La part jazz de Charlie Watts, la musique par laquelle il est venu à la batterie, qu’il a apprise en autodidacte, vers l’âge de 13 ans, en écoutant des disques et la radio, c’est son rapport au temps plus proche du ternaire que le découpage binaire du rock. Ce que l’on percevait dans sa frappe, puissante, les accents sur les cymbales, la caisse claire, qui emportaient la musique des Stones.

Il était aussi l’un des rares batteurs de rock à jouer en pratiquant la tenue de baguette en prise traditionnelle, celle du tambour militaire, pour sa main gauche (jeu de droitier), qui marque la frappe sur la caisse claire – la baguette repose sur la paume –, assez commune aux musiciens de jazz, l’autre main dans la prise du timbalier, le poing refermé sur la baguette.

Né le 2 juin 1941, dans un hôpital du quartier de Bloomsbury, à Londres, Charles Robert Watts vit une enfance et une adolescence tranquille dans le quartier de Wembley. Son père conduit des camions, sa mère s’occupe du foyer, il a une sœur. Bon élève, il suit des études à l’Harrow Art School, ce qui le mènera à ses premiers emplois, en 1960, comme graphiste et dessinateur dans la publicité. Il commence aussi à jouer dans de petites formations de jazz, notamment avec son ami d’enfance le contrebassiste Dave Green, avec lequel il a partagé le goût pour le jazz, les deux adolescents s’échangeant des disques. Régulièrement, lorsque Charlie Watts, en pause des tournées et séances d’enregistrements avec les Rolling Stones, montera diverses formations de jazz, il fera appel à lui.

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