La mort du compositeur américain Carlisle Floyd

Le compositeur Carlisle Floyd à Central Park à New York le 28 mars 1999.

Le compositeur américain Carlisle Floyd est mort le 30 septembre à Tallahassee (Floride), à l’âge de 95 ans. Auteur d’une douzaine d’ouvrages lyriques dont il avait également écrit le livret, il fit entendre à l’opéra la voix de l’Amérique profonde, principalement rurale et sudiste, dans un langage brassant les idiomes populaires. En témoigne, Susannah (1955), son œuvre-phare, classée par le magazine Opera News au troisième rang des opéras américains les plus joués (rarement en Europe), juste après Amahl et les visiteurs de la nuit (1951), de Gian Carlo Menotti et Porgy and Bess (1935), de George Gershwin.

Carlisle Floyd naît le 11 juin 1926 à Latta (Caroline du sud). Son père, un prédicateur Méthodiste qui intervient dans plusieurs églises des environs, l’emmène très tôt avec lui. Les séances d’invocation collective produisent un grand effet sur l’enfant qui, à 10 ans, sera initié au piano par sa mère. Dessinateur de talent, au point d’envisager une carrière d’artiste, Carlisle Floyd opte néanmoins pour la musique en entrant, à 16 ans, au Converse College de Spartanburg (Caroline du sud) où il étudie le piano avec Ernst Bacon (1898-1990), compositeur prolifique qui a reçu le Prix Pulitzer en 1932.

L’apprenti concertiste obtient son diplôme en 1946 à l’Université de Syracuse (New York) où il a suivi son professeur. Aussitôt engagé comme assistant par l’institution dans laquelle il enseignera pendant trente ans, Carlisle Floyd développe un goût pour la composition qui lui est venu en écrivant des « songs » (mélodies ou chansons) et qui tend naturellement vers l’opéra. Pour atteindre cet objectif, le jeune homme doit cesser de se produire en public (où il aime à jouer la 7e Sonate de Prokofiev, la 31e de Beethoven, Gaspard de la nuit de Ravel) et se mettre en congé de l’Université.

« Folk-opera »

En 1948, il entreprend un livret sans penser à la musique qui l’habillera par la suite – une constante dans sa manière de procéder – mais en se concentrant sur les « situations de crise » et sur les « événements inhabituels de la vie quotidienne » – un autre élément appelé à caractériser son travail. Slow Dusk, le premier opéra de Carlisle Floyd, est créé à Syracuse en 1949. Un autre, Fugitives, suivra deux ans plus tard avant d’être retiré du catalogue par le compositeur.

Susannah (1955), son troisième essai en la matière, constitue un coup de maître. Tant par le sujet (les tortures morales et physiques infligées par un évangéliste itinérant à une jeune femme suspecte à tort d’immoralité) que par le style (à base de références populaires, religieuses ou non). Qualifié, parfois avec une intention péjorative, de « folk-opera », cet épisode biblique (Suzanne et les vieillards transposé dans le Tennessee) connut un immense succès et fut présenté sur les plus grandes scènes des Etats-Unis. Moins bien accueilli, lors de sa création, la même année, à Sanfa Fé (Nouveau Mexique), Wuthering HeightsLes Hauts de Hurlevent, d’après Emily Brontë – procède d’une adaptation, à l’instar de Of Men and Mice (Des souris et des hommes, d’après John Steinbeck), l’autre grande réussite de Carlisle Floyd, créée en 1970.

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