La mort du grand chef d’orchestre Bernard Haitink

Bernard Haitink, à la Salle Pleyel, à Paris, en septembre 2009.

Chef d’orchestre d’une grande discrétion, au point d’avoir parfois été traité de « sphinx », le Néerlandais Bernard Haitink, mort à Londres le 21 octobre, à l’âge de 92 ans, restera comme l’une des plus grandes baguettes de la seconde moitié du XXe siècle.

Bernard Johan Herman Haitink est entré dans la carrière non par volonté, mais presque par hasard. Ce fils d’un fonctionnaire de la compagnie néerlandaise d’électricité et d’une professeure à l’Alliance française, né le 4 mars 1929 à Amsterdam, n’est d’abord qu’un piètre apprenti violoniste de 9 ans. Mais ses parents l’emmènent aux concerts du Concertgebouw où il découvre des chefs comme Willem Mengelberg, Bruno Walter ou Otto Klemperer. Profondément marqué par ses années d’adolescence sous l’occupation allemande (son père, résistant, sera arrêté à la suite d’un attentat contre une librairie pronazie), le musicien restera longtemps convaincu qu’il ne doit sa carrière qu’à l’éviction de ses camarades juifs, contraints au départ du Conservatoire d’Amsterdam.

Prestigieuse phalange musicale

La carrière de Bernard Haitink commence au sein de l’Orchestre de la radio néerlandaise, dont il intègre, à 25 ans, le pupitre des violons. Une expérience d’une année, mais qui restera marquante. En 1954, le voilà lauréat d’un concours de direction organisé par la radio, dont le président du jury, Ferdinand Leitner, devient alors son mentor. L’année suivante, le jeune homme est promu au rang de second chef de l’Orchestre de la radio avant d’en devenir le chef principal en 1957. Il a, dans l’intervalle, remplacé au pied levé le grand Carlo Maria Giulini à la tête de l’Orchestre du Concertgebouw, dans un Requiem de Cherubini donné le 7 novembre 1956.

Des débuts prometteurs, à 27 ans, au sein de la prestigieuse phalange musicale, bientôt confortés par un poste de premier chef, après la mort du directeur musical, Eduard van Beinum, en 1959. Une position renouvelée deux ans plus tard, corrélativement à l’arrivée du maestro Eugen Jochum, lequel se retirera en 1963, laissant son collègue néerlandais de 34 ans seul maître à bord pour une aventure musicale d’un quart de siècle, parmi les plus passionnantes de l’histoire musicale, jusqu’en 1988.

En plein boom discographique, Bernard Haitink grave avec ses musiciens, essentiellement pour Philips, plus tard pour Decca et EMI Classics, pléthore d’enregistrements de référence. En 1968, sa première version de la Deuxième symphonie de Mahler avec les voix d’Aafje Heynis et Elly Ameling, est un immense succès. Second, après Leonard Bernstein, à se lancer dans une intégrale Gustav Mahler, il sera l’un des pionniers de la musique de Chostakovitch parmi les chefs d’ascendance non russe. Des années glorieuses et fructueuses, qui portent chef et musiciens au firmament des meilleurs orchestres du monde.

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