La mort du romancier italien Daniele Del Giudice

L’écrivain italien Daniele Del Giudice à Modène, en Italie, le 23 septembre 2002.

Hormis le prix Strega – pour lequel il avait, dit-on, refusé de concourir –, Daniele Del Giudice, qui est mort jeudi 2 septembre à Venise, avait glané toutes les plus grandes récompenses littéraires italiennes. Il est parti deux jours trop tôt, cependant, pour recevoir le plus prestigieux d’entre eux, le prix Campiello, qui couronnait l’ensemble de son œuvre, et qui devait lui être remis samedi 4 septembre. Avec lui, l’Italie perd une figure marquante de sa scène littéraire et culturelle. Daniele Del Giudice était âgé de 72 ans.

C’est le grand Italo Calvino (1923-1985) qui l’avait lancé au début des années 1980. Dans sa préface au premier roman de Daniele Del Giudice, Le Stade de Wimbledon (1983, Rivages, 1985), l’auteur du Baron perché (1957) se demandait comment parler de ce nouveau venu et de son « roman insolite » : fallait-il considérer qu’il renouait avec la tradition du récit d’initiation ou, au contraire, qu’il ouvrait de nouveaux chemins dans l’art de représenter et de raconter ? La grandeur de Daniele Del Giudice, suggérait Calvino, était justement qu’il réussissait à faire, d’une écriture calme et volontairement neutre, l’un et l’autre à la fois.

Ingénieur de formation

Né le 11 juillet 1949 à Rome, d’une mère italienne et d’un père suisse originaire des Grisons, Daniele Del Giudice n’avait pas eu une enfance heureuse. Notamment parce qu’il s’était retrouvé très tôt orphelin de père. Avant de mourir, néanmoins, ce dernier lui avait fait deux cadeaux : un vélo et une énorme machine à écrire de marque Underwood. Si bien qu’au lieu d’aller à l’école, le jeune Daniele passait le plus clair de ses journées à pédaler le matin et à taper à la machine l’après-midi.

Ingénieur de formation, il avait fait son entrée dans le monde des lettres en collaborant à divers journaux, à Milan d’abord puis à Venise. Dans Le Stade de Wimbledon, il met en scène un jeune homme partant sur les traces d’un personnage mythique aussi bien qu’énigmatique, le mystérieux Roberto Bazlen, un écrivain des années 1920 mort sans avoir jamais publié la moindre ligne. Obsédé par le caractère de nouveauté de ce qu’il pouvait produire, l’étrange Bazlen – qui, dans la vraie vie, fut l’ami d’Italo Svevo et d’Umberto Saba – avait fini par ne plus ciseler que des notes de bas de page dans ses carnets, avant de renoncer totalement à l’écriture.

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Cette réflexion subtile sur le silence et l’empêchement de créer avait inspiré un film à Mathieu Amalric qui, en 2001, en signa le scénario avec la complicité de Daniele Del Giudice. En 2002, dix-sept ans après sa sortie initiale chez Rivages, les éditions du Seuil avaient repris cet ouvrage en français dans une traduction de René de Ceccaty. Prose cultivée alliant profondeur et apparente légèreté, étonnante précision de plume où chaque mot pèse de son juste poids : on retrouve toutes ces qualités dans les romans suivants de Del Giudice, dont L’Oreille absolue (Seuil, 1998), Dans le musée de Reims (Seuil, 2003) ou encore Marchands de temps (Seuil, 2012), tous traduits par Jean-Paul Manganaro.

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