La Napa Valley, destination rêvée pour l’œnotourisme

Panneau le long de l’autoroute 29 accueillant les visiteurs de la Napa Valley à Oakville, en Californie.

En Californie, le tourisme est essentiel à l’industrie viticole, au point que les puristes reprochent à la belle Napa Valley, non pas la plus grande, mais la plus prestigieuse région de production des Etats-Unis, d’être devenue le Disneyland du vin. Selon l’association professionnelle Visit Napa Valley, 3,85 millions de visiteurs, attirés par les propriétés de haut standing et leur offre riche en services, se sont pressés, en 2018, dans cette étroite bande de terre de 40 kilomètres de long et 6 kilomètres de large (une région sept fois plus petite que le Bordelais), située à 130 kilomètres au nord de San Francisco.

Si la pandémie a enrayé, en 2020, la progression du nombre de visiteurs, celle-ci était constante depuis 2016 (+ 4,4 % par an). Surtout, les touristes y dépensent chaque année davantage : 2,23 milliards de dollars (1,88 milliard d’euros) en 2018, 15 % de plus qu’en 2016. En moyenne, les visiteurs restent quarante-huit heures sur place et dépensent 247 dollars par jour (405 dollars s’ils y passent la nuit). Avec près de seize mille employés, le tourisme est le deuxième employeur de la Napa, derrière la viticulture.

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La Californie, cave à vin des Etats-Unis, a une longue tradition viticole. Les premières vignes ont été apportées par les missionnaires catholiques, pour la fabrication du vin de messe. Puis, au milieu du XIXe siècle, les exploitations se sont multipliées dans la foulée de la ruée vers l’or et de l’arrivée des immigrants européens. Elle concentre aujourd’hui à elle seule 85 % de la production du pays – les Etats de l’Oregon, de Washington, de New York et de la Virginie assurant le reste.

Décor méditerranéen

La Napa Valley tient sa réputation mondiale du « jugement de Paris », en 1976 : lors d’une dégustation à l’aveugle par un jury uniquement constitué de Français, les vins californiens « détrônent » les français, autant pour les blancs (chardonnay) que pour les rouges (cabernet sauvignon). Depuis, les visiteurs affluent dans cette vallée qui offre 18 600 hectares de vigne dans un décor méditerranéen. Au début des années 1980, la Napa comptait une cinquantaine d’exploitants. Ils sont maintenant plus de huit cents.

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Le symbole de l’œnotourisme dans la Napa est le Wine Train, un train composé de voitures du début du XXe siècle, qui dessert quelques-uns des principaux relais viticoles – aucun équivalent n’existe dans le monde. Les touristes peuvent regarder la campagne défiler depuis le wagon-restaurant, où leur est servie la cuisine californienne héritée du mouvement farm-to-table (« de la ferme à l’assiette ») de la chef Alice Waters. Il s’agit moins de visiter les caves ou d’apprendre les subtilités de la fermentation du raisin que de vivre une expérience haut de gamme, pensée pour une clientèle fortunée. Les meilleures wineries de la région proposent des resorts hotels au milieu de champs d’oliviers, des golfs, des spas (profitant des sources thermales de Calistoga, dans le nord), et les ventes de bouteilles aux visiteurs représentent jusqu’à la moitié de leur chiffre d’affaires annuel.

En 2020, la Napa Valley a été frappée, comme toutes les régions touristiques, par les restrictions liées au Covid-19. Les exploitants ont essayé de retenir la clientèle avec des dégustations en ligne, organisées par visioconférence autour de bouteilles préalablement expédiées au consommateur. Mais ce sont les incendies de l’automne qui ont été les plus dévastateurs : 27 000 hectares de la Napa ont brûlé, et une trentaine de domaines ont été endommagés, dont le Castello di Amorosa, une reconstitution de château toscan ayant coûté 40 millions de dollars, et le Château Boswell, détruit par les flammes.

Cette année, l’amélioration de la situation sanitaire et la levée, le 15 juin, du port obligatoire du masque en Califonie incitent les professionnels à croire au retour du Disneyland du vin dans la vallée.

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