« La négociation qui s’ouvre sur le télétravail doit pouvoir prendre en compte des situations diverses »

Tribune. La crise due au Covid-19 a été un tsunami pour le monde du travail. Si le premier confinement, en mars 2020, avait conduit de nombreux travailleurs au télétravail, la nouvelle période qui s’ouvre depuis le 9 juin, avec un recours au télétravail assoupli, est porteuse d’incertitudes pour les cadres, les manageurs et les directions des ressources humaines (RH).

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Le doute pour les cadres porte sur leur réelle utilité dans leur entreprise, et plus largement dans la société. Des enquêtes de terrain, menées en mars puis en juin 2020, montrent que la pandémie a été vécue comme un choc professionnel majeur (« Covid19 : un choc de carrière multidomaines restructurant le sens du travail », Pauline de Becdelièvre et François Grima, Revue française de gestion n° 293, novembre-décembre 2020).

Pour certains, la crise a été une révélation de leur participation à une activité essentielle. « J’étais manageur d’une équipe de production de respirateurs, alors évidemment, ce que je fais a du sens. J’étais indispensable. C’était hypervalorisant. » Cette révélation n’a fait que confirmer le souhait de rester à son poste : « Je savais que mon travail avait du sens, mais aujourd’hui, c’est encore plus fort. » Ces cadres restent satisfaits de leur activité, mais une certaine lassitude apparaît. Tenir dans la durée dans une activité intensive, même si elle a du sens, a entraîné une fatigue importante. « On a fonctionné à plein régime. Là, je suis crevée. »

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Pour d’autres, en revanche, le manque de communication avec les manageurs et la direction ainsi que l’absence de reconnaissance du travail par la société ont provoqué un électrochoc. « J’étais pas très heureux dans ce que je faisais, mais là, travailler à distance, c’est vraiment dur ! Je vois pas l’intérêt de ce que je fais. » La mise au chômage partiel brutale, sans réelle explication, et le manque d’utilité pour l’entreprise ont été vécus comme un désaveu. « Du jour au lendemain, on m’a mis au chômage partiel sans rien m’expliquer, alors que d’autres collègues non. C’était horrible, j’avais l’impression de ne servir à rien. »

Période paradoxale

Une véritable réflexion sur le sens du travail menée par nombre de ces cadres aboutit parfois à un souhait de mobilité externe à court ou moyen terme. Entre les deux dates d’enquête – mars et juin –, des ruptures conventionnelles sont en cours de négociation, des projets de création d’entreprise ou une recherche active d’emploi ont été lancés. « J’ai commencé à postuler. Les offres d’emploi reprennent un peu. Je veux changer, car là, c’est plus possible. » Enfin, certains ont négocié avec leur entreprise des projets plus intéressants.

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