La Neue Nationalgalerie de Berlin retrouve son lustre

La Neue Nationalgalerie de Berlin, en avril 2021.

Il aura fallu six ans de travaux, 140 millions d’euros de budget et le talent de David Chipperfield, architecte britannique en vogue dans le milieu de la culture à Berlin, pour rendre à la Neue Nationalgalerie de Berlin, le musée d’art moderne, son lustre d’antan. Considéré comme l’un des grands chefs-d’œuvre de l’architecture moderne, ce bâtiment chargé d’histoire est l’une des dernières œuvres réalisées par Mies van der Rohe (1886-1969). Livré en 1968, il lui avait été commandé en 1962, à une époque où Berlin-Ouest cherchait à se constituer en une ville à part entière. Avec la Philharmonie de Berlin (Hans Scharoun, 1963) et la Bibliothèque d’Etat (Hans Scharoun et Edgar Wisniewski, 1978), il allait former le Kulturforum, poumon artistique niché dans l’ombre du Mur, dont le pari était pris qu’il lui survivrait.

Mies van der Rohe n’avait pas construit en Allemagne depuis 1938, date à laquelle il avait émigré aux Etats-Unis – à son grand dam, ses projets étaient systématiquement refusés par Hitler. Les plans du bâtiment s’inspirent de ceux qu’il avait dessinés pour le siège, jamais réalisé, de l’entreprise Bacardi, à Cuba, recyclés ensuite dans un projet de musée pour la ville de Schweinfurt (Allemagne), mort-né lui aussi. Il s’articule en trois parties bien distinctes, qui se servent mutuellement. Le temple de verre d’abord, signal du musée dans la ville, un vaste cube, totalement vide (2 300 m2), coiffé d’un grand toit à caissons en acier noir qui le déborde en porte-à-faux, dont le poids repose intégralement sur huit pylônes. Le socle ensuite, en sous-sol, qui abrite les espaces d’exposition et l’administration. La grande paroi vitrée qui le borde côté ouest ouvre sur un jardin minéral – le troisième élément – qui le prolonge.

Lire l’archive de 2010 : Le Neues Museum de Berlin rendu à la vie par David Chipperfield

On reconnaît la syntaxe de ce grand maître de l’abstraction qu’était Mies van der Rohe. On perçoit les échos de certains de ses projets célèbres, du Crown Hall de l’Illinois Institute of Technology (Chicago, 1956), par exemple, mais aussi du Pavillon de Barcelone (Barcelone, 1929). Son épure radicale, sa raideur autoritaire tranchent avec les courbes, la robe couleur soleil et l’esprit pop de la Philharmonie voisine. Il fut d’ailleurs mal accueilli par les Berlinois, qui y virent le symbole d’une culture élitiste. Mais le temps a fait son œuvre. Les espaces feutrés du sous-sol se sont révélés un écrin exceptionnel pour la fabuleuse collection d’art moderne du musée, et ce temple de verre et d’acier est devenu un emblème de la ville

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