La pandémie de Covid-19 a dopé la demande d’ordinateurs reconditionnés

Concentré derrière son établi, Patrick démonte un modem de connexion à l’aide d’un tournevis. Il étudie le contenu, puis jette les composants dans différents bacs. « Ces pièces-là ne pourront pas être réutilisées », indique-t-il. Mohammed pianote sur le clavier d’un PC dont la mémoire a été effacée. Entre eux, des montagnes de puces informatiques, câbles, claviers, souris, s’accumulent dans de larges cartons. « On trie, on recycle, on teste le matériel, on efface les données puis on réinstalle les logiciels », égrène Souleymane Dissa, l’encadrant technique.

Ici, dans les locaux d’Ateliers sans frontières (ASF), à Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne), son équipe de dix-huit personnes reconditionne des ordinateurs fixes et portables. D’autres salariés trient également du verre et des jouets. Et depuis le premier confinement, en mars 2020, ils sont débordés. « On ne s’y attendait franchement pas, raconte Brigitte Chanut, la directrice d’ASF. Nous avions d’abord fermé l’atelier en raison des mesures sanitaires, mais nous avons dû le rouvrir presque aussitôt pour répondre à l’afflux de demande. » A savoir celle de structures associatives cherchant des ordinateurs reconditionnés à fournir aux familles en difficulté face à la pandémie – notamment pour l’école à la maison et les démarches administratives. Car, sans PC, impossible de suivre les cours à distance, de garder le contact avec la CAF, de faire les courses en ligne…

« Détresse numérique »

Dans l’urgence, ASF a puisé dans son stock pour fournir plusieurs centaines d’ordinateurs aux foyers d’aide sociale à l’enfance de la ville de Paris, à la fondation Break Poverty pour son programme « Connexion d’urgence », ou encore, à Emmaüs Connect, association consacrée à l’inclusion numérique des personnes fragilisées. « Le confinement a révélé de nombreuses situations de détresse numérique, explique Marie Cohen-Skalli, codirectrice d’Emmaüs Connect. Nous avons lancé un grand programme pour récupérer des ordinateurs et des tablettes. Nous avons pu soutenir 40 000 personnes en un an. »

Ce programme s’est concrétisé en novembre 2020 par la création de La Collecte Tech, une plate-forme en ligne où les entreprises peuvent enregistrer leurs dons de matériel, qui sont ensuite pris en charge par une série d’acteurs sociaux du reconditionnement – comme ASF, Trira ou Les Ateliers du Bocage. A l’autre bout de la chaîne, Emmaüs Connect et d’autres revendent les PC portables entre 110 et 180 euros aux personnes accompagnées.

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