« La parité ne fait pas bon ménage avec deux dogmes très ancrés dans le milieu de la culture : la liberté du créateur et le fait que le talent n’a pas de genre »

Roselyne Bachelot (droite) est accueillie par Françoise Nyssen (gauche) et Patrick de Carolis, lors d’une visite à Arles (Bouches-du-Rhône), en juillet 2020.

La joie des cinémas ou des salles de spectacle de retrouver le public cache un phénomène inédit : une indéniable féminisation de la culture. Le mouvement sera déterminant, s’il se confirme, tant le secteur donne l’image d’être à l’avant-garde de la société alors qu’il est plutôt la lanterne rouge. La parité y est moins présente que dans la politique ou les entreprises privées, c’est dire.

Au moment où Emmanuel Macron vient de nommer une femme à la tête du Louvre, Laurence des Cars – une première pour l’ancien Palais des rois –, plusieurs expositions à Paris ont des intitulés d’un climat nouveau. Au Centre Pompidou, « Elles font l’abstraction », sera suivie en 2022 par l’artiste américaine Alice Neel. Au Musée du Luxembourg, « Peintres femmes 1780-1830. Naissance d’un combat ». Au Palais Galliera, la styliste Coco Chanel. Au Palais de Tokyo, l’artiste allemande de 43 ans, Anne Imhof (« Natures mortes »). A la Bibliothèque nationale de France, Françoise Pétrovitch. Au Musée d’art moderne de Paris, la photographe Sarah Moon et des artistes femmes d’Afrique. Chez Christie’s, le 16 juin, la vente aux enchères « Women in Art ». A l’Institut du monde arabe, les divas du Caire et d’ailleurs, d’Oum Kalthoum à Dalida – une exposition sur un panarabisme culturel évanoui, qui dit la régression énorme de la liberté des femmes dans le monde arabo-musulman.

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Ce tir groupé s’inscrit bien sûr dans un mouvement qui gagne toute la société depuis l’affaire Weinstein et le mouvement #metoo. Qu’il se produise dans les musées et l’art n’est pas un hasard. Ce secteur est le meilleur élève de la parité depuis des années. Là où, et c’est lié, il y a le plus de femmes au pouvoir (41 % à la tête de musées et plus de 50 % des commissaires d’exposition). Là où des sites de veille font parler d’eux, comme Aware, visant à « replacer les femmes dans l’histoire de l’art ». Une quinzaine de musées sont enfin en train d’établir un diagnostic sur la place des femmes dans leurs collections et leurs expositions.

Fracture béante

L’impulsion vient du ministère de la culture depuis Aurélie Filippetti en 2012 jusqu’à Roselyne Bachelot aujourd’hui – cinq femmes sur six ministres en dix ans. Cette dernière, en une année à peine, a nommé à des postes 30 femmes et 23 hommes, ce qui est une petite révolution. La tendance gagne tout le secteur. L’orchestre de l’Opéra de Toulon sera dirigé, à partir de septembre, par la chef polonaise Marzena Diakun. Celui de Tours aura pour invitée à partir de 2022 la chef vénézuélienne Glass Marcano. Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, veut que la part de femmes réalisatrices passe de 11 % actuellement à 30 %.

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