La partition engagée de Terence Blanchard au Metropolitan Opera

« Fire Shut Up in My Bones », pendant la répétition générale, au Metropolitan Opera de New York, le 17 septembre 2021.

Il soufflait un air de Nouveau Monde à l’opéra de New York, ce vendredi 1er octobre. Dans la salle de l’immense bâtiment du Lincoln Center, décoré par Chagall, Terence Blanchard, en superbe costume mauve, accueille le public. Ce trompettiste de jazz afro-américain, 59 ans, connu pour écrire la musique des films de Spike Lee, est l’auteur de l’opéra qui se joue ce soir, Fire Shut Up in My Bones (« un feu enfermé dans mes os », selon un verset du prophète Jérémie). Un opéra contemporain écrit par un Noir, c’est une première dans cette institution au public soudain transformé. Les riches Blancs des abords de Central Park, souvent âgés, parfois compassés, partagent la soirée avec des Afro-Américains – peu habitués du lieu – venus investir le Met, alors que le chef québécois Yannick Nézet-Séguin a revêtu sa plus belle chemise multicolore.

A l’origine, le Met avait prévu d’inaugurer la saison dans les grandes traditions, avec une nouvelle mise en scène d’Aïda, de Verdi. Mais la pandémie de Covid-19, qui a obligé le théâtre à fermer ses portes pendant dix-huit mois, et surtout la relance du mouvement Black Lives Matter, après la mort de George Floyd, cet Afro-Américain étouffé et tué en mai 2020 par un policier blanc de Minneapolis, a obligé le patron de l’institution new-yorkaise, Peter Gelb, à bousculer ses plans.

Embrassant le monde nouveau, M. Gelb a donc décidé de produire dès cette année Fire Shut Up in My Bones, créé en 2019 à Saint-Louis (Missouri) : le livret est fondé sur les mémoires de Charles Blow, 51 ans, un Afro-Américain de Louisiane agressé sexuellement dans les années 1970 par un de ses cousins et devenu chroniqueur au New York Times.

« Une histoire universelle »

La partition a été écrite par Terence Blanchard, fils d’un baryton amateur de Louisiane qui chantait à l’église et adorait l’opéra. Il ne cache pas son émotion lors de cette première au Met. Qu’on ne lui dise pas qu’il s’agit d’une histoire spécifiquement noire. « Non, c’est une histoire universelle, même si cela se passe dans la communauté noire » , nous dit-il.

Qu’on ne s’aventure pas non plus à comparer son œuvre avec la comédie musicale de Lin Manuel Miranda Hamilton, qui fait rapper à Broadway depuis 2015 les pères fondateurs de la révolution américaine joués par des Noirs : « Je ne veux pas aller dans cette voie, c’est une histoire, une musique totalement différentes. Là, c’est un opéra, écrit pour une compagnie d’opéra. » Et il a raison : son œuvre est un opéra, certes contemporain, à vocation universelle, qui ne saurait nullement être réduit à la communauté qu’il représente.

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