La peintre Geneviève Asse est morte

Geneviève Asse, à la galerie Oniris à Rennes, en septembre 2014.

Grande figure de l’art contemporain en dépit de sa discrétion, la peintre et graveuse Geneviève Asse, est morte à Paris le 11 août à l’âge de 98 ans. Née le 24 janvier 1923 à Vannes (Morbihan), d’abord élevée par sa grand-mère dans la presqu’île de Rhuys, elle habite avec son frère jumeau Michel à partir de 1932 à Paris avec leur mère, séparée de leur père. Avec celle-ci commence son éducation artistique, qui la conduit à l’Ecole nationale supérieur des arts décoratifs de 1940 à 1942 puis à Montparnasse, où elle côtoie le groupe L’Echelle des objets. En 1944, elle rejoint son frère dans la Résistance. Engagée dans la 1ere division blindée comme conductrice ambulancière, elle participe aux campagnes d’Alsace et d’Allemagne, jusqu’au camp de Terezin, où elle œuvre au rapatriement des déportés juifs qui ont survécu – ce pourquoi elle reçoit la Croix de guerre en 1945.

De retour en France, elle subsiste non sans peine grâce à des travaux pour des maisons de tissu, Paquin ou Bianchini-Ferrier. Ainsi peut-elle reprendre sa peinture, alors principalement dédiée à la nature-morte, en pensant à Chardin et à Braque. C’est aussi le moment où elle se lie d’amitié avec l’écrivain Samuel Beckett et avec les peintres Bram et Geer van Velde. Sa situation n’en est pas moins difficile. Femme dans un monde de peintres masculins qui se posent volontiers en athlètes du geste, elle ne prend parti ni pour la figuration ni pour l’abstraction expressionniste ou géométrique à une époque où il est préférable de se ranger dans un camp ou dans l’autre. Sa première exposition personnelle n’a lieu qu’en 1954, à la galerie Michel Warren à Paris.

Lire aussi notre archive (1988): Au Musée d’art moderne de la ville de Paris Geneviève Asse en bleu

La deuxième se tient à Genève, galerie Benador en 1960, mais, entretemps, la part de la représentation s’est amenuisée encore davantage : objets et indices de paysage tendent à disparaître dans la clarté de la lumière et les nuances de couleurs hantées par le gris. Sa rencontre avec Giorgio Morandi à Bologne en 1961 ne ralentit pas ce mouvement, dont l’aboutissement apparaît plus complètement par la suite. S’il demeure des lignes sur ses toiles, elles sont à peine visibles et guère plus que des indices spatiaux : horizontales de la mer et du lointain, verticales des portes et des fenêtres. Elles ne s’opposent pas à l’expansion du blanc, puis, à partir de la décennie 1980, d’un bleu très particulier. Un peu azur, un peu ardoise, un peu lessive, un peu poussière d’eau, il passe par de nombreuses nuances, que l’artiste juxtapose en bandes parallèles ou fait glisser les unes sur les autres.

Il vous reste 39.67% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.