« La performance commerciale de Pfizer porte la marque d’un succès scientifique, industriel et politique »

La part de marché de Pfizer, qui avoisinait déjà 50 % au printemps aux Etats-Unis, dépasse désormais 70 % outre-Atlantique, et même 80 % en Europe

La crise sanitaire a fait au moins un vainqueur sans appel. Le groupe Pfizer prévoit désormais de vendre pour 36 milliards de dollars (31 milliards d’euros) de son vaccin en 2021. Ecoulé à 2,3 milliards d’exemplaires, il sera alors le médicament le plus vendu en un an de toute l’histoire de l’industrie pharmaceutique.

L’américain, associé au laboratoire allemand BioNTech, a écrasé la concurrence. Sa part de marché, qui avoisinait déjà 50 % au printemps aux Etats-Unis, dépasse désormais 70 % outre-Atlantique, et même 80 % en Europe. Comme on le dit dans le jargon américain du high-tech, « the winner takes all », le gagnant rafle tout.

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Si choquante que puisse paraître une telle performance commerciale, bâtie sur une tragédie sanitaire, elle porte aussi la marque d’un succès scientifique, industriel et politique sans précédent : le développement, la mise sur le marché et l’administration d’un vaccin en un an et demi seulement, quand il fallait dix fois plus de temps auparavant. Avec, à la clé, des millions de vies sauvées.

Rupture technologique

Le succès de Pfizer sur ses nombreux concurrents tient avant tout à l’alliance d’un bon produit et d’une exécution industrielle et logistique sans faille. L’américain, qui n’aurait jamais pu développer aussi rapidement dans ses laboratoires un produit totalement innovant, a su faire confiance à une jeune pousse issue de la recherche allemande. Il a apporté sa science des essais cliniques, de la négociation avec les autorités, de la fabrication et de l’expédition d’un produit pourtant très complexe à conserver.

Depuis des décennies, les grands laboratoires pharmaceutiques quittent discrètement le secteur maudit des vaccins

Rien de tout cela n’était gagné. Depuis des décennies, les grands laboratoires pharmaceutiques quittent discrètement le secteur maudit des vaccins : des produits complexes à élaborer, risqués et impopulaires car susceptibles de rendre malades des gens bien portants, achetés en grande quantité par des gouvernements qui pèsent sur les prix, sans récurrence des ventes et dont le premier marché est souvent constitué de pays pauvres et insolvables.

C’est la raison pour laquelle le vaccin contre la malaria est toujours dans les limbes, que GSK a dû abandonner son produit contre la maladie de Lyme, tout comme Sanofi avec la dengue, et que Novavax a été ruiné par des décennies de recherches infructueuses. La donne pourrait changer, grâce à la rupture technologique de l’ARN messager et à la récurrence d’épidémies comme celle du Covid-19 qui pourrait demander des injections régulières, voire annuelles. Le retour de Pasteur derrière les milliards de Pfizer.