La piste d’un mariage Carrefour-Auchan

Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, à Paris, le 27 août 2020.

Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour, n’a jamais caché qu’il jugeait indispensable une consolidation sur le marché français trop morcelé de la grande distribution. Et qu’il était prêt à passer à l’action si l’occasion se présentait. En 2018, toutefois, les discussions exploratoires menées avec Jean-Charles Naouri en vue de marier Carrefour et Groupe Casino avaient tourné court. Et en janvier 2021, Bruno Le Maire avait éconduit le canadien Couche-Tard qui convoitait le groupe tricolore.

Selon nos informations, loin d’avoir été échaudé, M. Bompard, dont le mandat a été renouvelé pour trois ans en mai 2021, explore de nouvelles pistes. Un scénario en particulier, s’il se concrétisait, aurait de quoi bouleverser la hiérarchie des enseignes, permettant à Carrefour de doubler Leclerc sur le marché français. Selon plusieurs sources, en effet, des discussions ont été engagées au printemps 2021 avec la famille Mulliez en vue de rapprocher Carrefour et Auchan.

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Une opération complexe d’un point de vue du droit de la concurrence − le premier pesant 19 % du marché français selon les derniers pointages de l’institut Kantar, contre 8,9 % pour le second − comme sur le plan financier, Carrefour étant coté, contrairement à Auchan. Selon certains, les négociations auraient achoppé avant l’été faute d’un accord sur les parités mais, selon un banquier d’affaires, le dialogue ne serait pas rompu. Ni Carrefour ni Auchan n’ont souhaité commenter ces informations.

Un maillon essentiel

Depuis quelques jours, la communauté financière s’étonne d’importants volumes d’échange sur l’action Carrefour. Le cours est reparti à la hausse après la glissade provoquée par l’annonce meurtrière au 31 août de la sortie du capital de la Financière Agache, holding de Bernard Arnault. « Les fonds spéculatifs sont en train de se positionner dans l’attente d’une OPA », relate un tradeur. Jeudi 29 septembre, l’action Carrefour a clôturé juste en dessous des 16 euros, quand elle cotait près de 17 euros lorsque Groupe Arnault a soldé sa participation.

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« Tout le monde danse avec tout le monde, mais on ne sait pas encore avec qui l’on va repartir à la fin du bal » : c’est la lecture imagée que Lucien Douroux, ancien patron du Crédit agricole, donnait des conversations entre grands banquiers, à la veille d’une vague de concentrations. Les distributeurs aussi ont entamé leur pas de deux. Sauf que le bal s’éternise et les flirts patinent.

Carrefour étant le seul acteur coté non contrôlé, au milieu des indépendants (Leclerc, Système U, Intermarché) et des enseignes dans le giron de familles (Groupe Casino, Auchan), rien d’étonnant à le trouver au centre de la piste. Le 12 septembre 2018, M. Bompard et M. Naouri s’étaient rencontrés par l’entremise de l’homme d’affaires Alain Minc pour parler mariage. L’échange avait duré moins d’une heure. Les deux patrons s’étaient ensuite renvoyé la balle, par communiqués de presse, chacun assurant que l’autre était l’instigateur de ce rendez-vous raté.

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