« La polyvalence des métiers susceptibles d’exercer la réanimation est la clé de voûte d’un système sanitaire réactif »

Tribune. La crise du Covid-19 a mis en lumière l’importance des unités de soins critiques (réanimations, 5 500 lits, unités de surveillance continue, 8 000 lits et soins intensifs, 5 900 lits) dans l’arsenal de réponses aux risques sanitaires. Elle a aussi révélé les faiblesses de leur organisation, notamment en termes de capacité d’accueil et de réserve en personnel soignant. En octobre 2020, les Nations unies, se basant sur des rapports d’experts, estimaient que « les futures pandémies émergeront plus souvent, se propageront plus rapidement, feront plus de dégâts à l’économie mondiale et tueront plus de personnes que le Covid-19 », renforçant l’importance d’une réflexion construite sur la structuration du système de soins critiques de demain.

Historiquement, la détermination des capacités d’accueil des soins critiques se résumait au calcul d’un nombre de lits dicté par la nécessité de répondre aux besoins d’une population plus âgée, plus fragile et d’accompagner le développement de prises en charge à haut risque. Calculée ainsi, l’offre de lits n’en demeure pas moins très disparate selon les pays avec, par exemple, une densité moyenne de 11,5 lits pour 100 000 habitants en Europe contre 28 lits pour 100 000 habitants aux Etats-Unis, sans que cela affecte la mortalité. Le pronostic des patients semble d’autant plus favorable qu’il existe une tension sur les lits en soins critiques, en favorisant des processus décisionnels efficaces, des soins plus adaptés et respectant l’éthique. Cela a été confirmé par une équipe française au cours de la pandémie Covid-19.

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Notre réponse aux événements récents (pandémie, attaques terroristes, catastrophes industrielles) offre un regard nouveau sur les soins critiques : une gestion de crise efficace est sous-tendue par un système souple et réactif dont la gouvernance repose sur l’expertise du terrain et la confiance entre administratifs et personnels soignants.

Les infirmiers et aides-soignants, LA ressource manquante

Lors de la première vague de Covid-19 en France, entre mars et juin 2020, 7 148 patients critiques ont été hospitalisés, dépassant largement la capacité des 5 500 lits disponibles. Cette augmentation rapide de la capacité d’accueil a reposé en grande partie sur un personnel exerçant dans d’autres secteurs mais compétent en soins critiques. Si la polyvalence des médecins formés et capables d’exercer en soins critiques (anesthésistes-réanimateurs, cardiologues, pneumologues…) a été un atout majeur de notre système de santé, les infirmiers et aides-soignants ont été LA ressource manquante. Selon la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP), près de 58 000 postes d’infirmiers et d’aides-soignants seraient vacants dans les établissements de santé, du fait d’un défaut d’attractivité et de reconnaissance. La France figure en effet parmi les cinq derniers pays de l’OCDE en matière de rémunération de ses soignants.

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