« La pomme française garde son pouvoir d’attraction au pays de Newton »

Des pommiers dans un verger de Beaumont-Pied-de-Boeuf (Sarthe), en septembre 2013.

Matières premières. Début avril, une vague de froid polaire déferlait sur la France. Peu de régions échappaient à la morsure du gel. Et les arboriculteurs frissonnaient d’inquiétude. Malgré les feux allumés dans les champs, ils craignaient que leurs espoirs de récolte ne partent en fumée. Alors que les pommes déboulent sur les étals et, de la rouge gala à la verte granny smith en passant par la jaune golden, jouent des feux tricolores aux yeux des consommateurs, l’heure est au premier bilan.

Combien les pomiculteurs ont-ils paumé ? « Par rapport à nos graves craintes du mois d’avril, la situation s’est améliorée », répond Daniel Sauvaitre, arboriculteur à Reignac en Charente et président de l’Association nationale pommes poires. Il explique : « Le gel a détruit les premières fleurs ouvertes, mais il y a eu beaucoup de floraisons secondaires. » Résultat, selon les estimations encore provisoires, la production française de pommes pourrait atteindre 1,37 million cette année. Soit un volume quasi similaire à celui de 2020, chiffré à 1,33 million de tonnes. Il s’agissait alors de la plus petite récolte depuis sept ans.

« Les Britanniques ont faim »

Même si, dans certaines régions, comme les Alpes, la vallée du Rhône et la Provence, les dégâts sont plus importants et si, parfois, des agriculteurs ont vu leur récolte de pommes partir en marmelade, le bilan global est moins amer qu’anticipé. Dame Nature a fait des miracles. Un coup de gel, et ça repart ! Bémol, toutefois, à cette symphonie pastorale, les fruits issus de cette seconde floraison sont plus petits et moins exempts de défauts. Pas d’inquiétude, toutefois, les fruits jugés moches par la distribution feront le bonheur des fabricants de jus et de compotes.

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Autre motif de satisfaction pour les arboriculteurs. La pomme française garde son pouvoir d’attraction au pays de Newton. « Nécessité fait loi. Les Britanniques ont faim et sont face à des rayons moins achalandés. Malgré le Brexit, le Royaume-Uni reste notre plus gros marché avec des prix rémunérateurs », affirme M. Sauvaitre. Près de 120 000 tonnes sont croquées outre-Manche. Pas de pépin britannique pour la pomme française…

La situation est moins florissante en Asie et au Moyen-Orient. Les arboriculteurs français perdent du terrain face à une concurrence renforcée. Ukraine, Serbie, Turquie, Italie, Macédoine se disputent les marchés, chacun pensant « c’est pour ma pomme », au risque d’écraser les prix. Surtout, la Pologne, dont les vergers ont été survitaminés grâce aux subsides européens, se classe désormais au troisième rang mondial des producteurs, derrière la Chine et les Etats-Unis. En 2021, avec la variété « champion », elle devrait engranger 4,2 millions de tonnes. De quoi peser sur les marchés. D’autant que certains pays ont fermé les frontières. L’embargo décrété en 2014 par la Russie sur les produits alimentaires européens est resté en travers de la gorge des Polonais. De même pour la France, quand l’Algérie a bloqué les flux en 2016. La pomme importée est devenue un fruit défendu…