La presse internationale salue la mémoire de Jean-Paul Belmondo, « icône qui a inspiré Spielberg et Tarantino »

Jean-Paul Belmondo, en 1974, lors du Festival de Cannes.

Après la mort de Jean-Paul Belmondo, lundi 6 septembre, à l’âge de 88 ans, la presse internationale a fait l’éloge de la star française.

Lire la nécrologie : Belmondo, la disparition d’une star française

Pour le New York Times, l’acteur était à la fois une gueule – une « beauté brute » au « regard dédaigneux » et « cynique » avec un « nez de boxeur » – et l’« incarnation » de la Nouvelle Vague, ce mouvement de jeunes réalisateurs (Truffaut, Godard…) qui voulait faire table rase d’un cinéma français corseté, et dont le vent de liberté a marqué le septième art mondial. 

« Comme Humphrey Bogart, Marlon Brando et James Dean, (…) M. Belmondo a forgé sa réputation en jouant des personnages durs, sans sentiments, voire antisociaux, et en rupture avec la société bourgeoise. Plus tard, (…) il a accepté des rôles plus populaires, sans pour autant renoncer à son audace magnétique », résume le quotidien américain, saluant « l’une des figures de la culture pop les plus imitées de son époque. »

Belmondo, c’est avant tout la personnification de « l’antihéros nonchalant » et « dur à cuire », souligne également le Washington Post. En soixante ans de carrière et plus de 80 films, « il était le plus à l’aise dans les rôles de charmants voyous, de rebelles amoureux sans cause », rappelle le journal qui décrit un homme entier et « allergique aux faux-semblants ».

Comme tous les journaux, le Guardian s’attarde sur son rôle dans A bout de souffle (1960), le film de Jean-Luc Godard qui a lancé sa carrière. L’histoire de Michel – un tueur en cavale à Paris où il retrouve Patricia (Jean Seberg) qui finalement le dénoncera à la police – a permis à Belmondo de devenir « une icône du cinéma ». « Belmondo était une star française jusqu’à la moelle : il ne montrait aucune aptitude ou intérêt à apprendre l’anglais et à réussir à Hollywood comme Charles Boyer ou Maurice Chevalier », ajoute le quotidien britannique.

« Une figure irrésistible » et « énigmatique »

Pour le journal espagnol El Pais « A bout de souffle n’est pas un film, c’est une légende, […] et son protagoniste s’est retrouvé piégé à vie dans un personnage qui, aujourd’hui, plus de six décennies plus tard, est une icône de l’histoire du cinéma ». Et d’ajouter :

« Pour Godard, la beauté est la splendeur du vrai, et c’est exactement ce qu’est Belmondo dans ce film. »

« Pour le public, Belmondo représentait une nouvelle vague d’acteurs aux traits ordinaires et imparfaits. (…) Il allait créer un précédent pour les stars à l’allure de Monsieur Tout-le-Monde comme Robert De Niro, Al Pacino et Dustin Hoffman, qui ont marqué les films hollywoodiens des deux décennies suivantes », estime de son côté le magazine Hollywood Reporter, l’une des publications de référence de l’industrie du cinéma américain.

Jean-Paul Belmondo avec l’actrice italienne Claudia Cardinale, le 3 novembre 1960.

Le magazine américain Variety, également spécialisé dans le septième art, salue la mémoire d’une « icône qui a inspiré Spielberg et Tarantino ». En définitive, Belmondo restera « une figure irrésistible dont la véritable identité restait énigmatique, mais dont le charme était tel qu’on était prêt à croire presque tout ce qu’il vendait », écrit la revue.

Le quotidien belge Le Soir a salué « un géant » qui symbolisait « la réconciliation du cinéma d’auteur et de la culture populaire » :

« Une légende disparaît, et en même temps, elle s’inscrit pour l’éternité dans l’histoire du cinéma français. Bébel s’est emparé du cœur du public avec une mimique et une pirouette et ne l’a jamais lâché pendant plus d’un demi-siècle. »

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Jean-Paul Belmondo se donne un mal de chien pour paraître imbécile »

« L’image du diable nonchalant »

« Le public français ne s’est jamais lassé de revoir ses films, sur grand écran, à la télévision ou plus récemment sur Netflix, qui diffuse des polars ainsi que des films tournés sous la houlette de Jean-Luc Godard », rappelle d’ailleurs le journal québécois La Presse, ajoutant :

« Qui, aujourd’hui, oserait les cascades que ce casse-cou aimait réaliser lui-même, comme cette course sur le toit d’un métro en marche dans “Peur sur la ville” ? Bébel laisse ainsi le souvenir d’un acteur physique, un roi de la gifle et de la castagne, cultivant une belle dose d’humour. »

« Gouailleur et bondissant, le tendre voyou restera au panthéon des acteurs les plus sympathiques », affirme pour sa part Le Temps. « Il sera dans ses films le Français audacieux, un peu dingue, capable du pire comme du meilleur. (…) Un Français qui fait penser à ces résistants sortis de la guerre éprouvés et endurcis par le fracas des armes, mais restés résolument idéalistes », ajoute le quotidien suisse dans un autre article.

Lire les réactions : « Avec la disparition de Jean-Paul Belmondo, la France perd l’un de ses acteurs majeurs » : l’hommage unanime du monde culturel et politique

« En fin de compte, Bébel, comme on l’appelait chez lui en France, (…) a participé à l’écriture de l’histoire du cinéma français », considère le journal suédois Aftonbladet, qui rend aussi hommage au consommateur invétéré de tabac qu’était Jean-Paul Belmondo :

« Il maîtrisait comme personne l’art de fumer (…). La cigarette était devenue sa signature. »

« L’homme pour qui rien n’était impossible », titre le quotidien allemand Die Welt. « Mais Godard restera le seul représentant de la Nouvelle Vague à vraiment réussir avec Belmondo, nuance le journal. Ni Truffaut ni Chabrol n’ont fait leurs meilleurs films avec lui. Si Alain Resnais, dix ans après la Nouvelle Vague, a sans doute donné à Belmondo son plus grand rôle avec Stavisky, c’est parce qu’il a su jouer habilement avec l’image du diable nonchalant que l’acteur avait entretemps délaissée au profit d’atours plus conventionnels. »