« La primaire écologiste est devenue la vitrine des combats qui montent à gauche »

Débat de l’entre-deux tours de la primaire écologiste entre Yannick Jadot et Sandrine Rousseau, sur la plateau de LCI, à Paris, le 22 septembre 2021.

Il y a deux façons de lire le déroulé de la primaire verte, qui livre son résultat mardi 28 septembre. La première est empreinte de fatalisme : elle consiste à penser qu’à l’heure des choix, les sympathisants écologistes restent d’indécrottables gauchistes. Ils sont prompts à s’indigner des injustices mais pas prêts pour autant à se salir les mains dans l’exercice du pouvoir, au moment où l’urgence écologique impose pourtant de passer à l’action sans tarder. Les campagnes réussies de Delphine Batho et de Sandrine Rousseau, qui, loin de masquer leur radicalité, l’ont au contraire portée en étendard pour défendre l’une la décroissance, l’autre l’écoféminisme, montre à quel point les « réalo » (partisans d’une alliance électorale avec les sociaux-démocrates) ont encore du mal à s’imposer au sein de la famille écologiste française.

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Sorti vainqueur du premier tour mais avec seulement 2 733 voix d’avance, Yannick Jadot s’est retrouvé dans une situation très inconfortable durant l’entre-deux-tours. L’eurodéputé, qui espérait ratisser large en incarnant une « écologie positive et joyeuse », a dû constamment se défendre d’être trop tiède, trop libéral, en un mot trop compromis dans une écologie dite d’« accompagnement ». Face à lui, l’autre finaliste, Sandrine Rousseau, implacable dans son argumentation, s’est targuée d’incarner « une écologie de transformation » d’essence antilibérale. La visée de cette enseignante-chercheuse, aujourd’hui vice-présidente de l’université de Lille, est de « mettre à bas les structures de domination » par le déclenchement d’un puissant mouvement sociétal.

Des conquérants qui veulent peser

Ceux qui ont de la mémoire ont aussitôt fait le parallèle avec ce qu’il s’était passé en 2011 lorsque les sympathisants Verts avaient préféré investir Eva Joly plutôt que Nicolas Hulot pour porter leurs couleurs à la présidentielle. Dix mois plus tard, l’ancienne juge d’instruction qui prétendait laver plus blanc que blanc dans une France polluée par les affaires n’avait engrangé que 2,3 % des suffrages exprimés lors du scrutin de 2012. Elle s’était aussitôt ralliée à François Hollande.

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A l’époque, la primaire verte n’avait mobilisé que 22 861 votants. Cette fois, le corps électoral dépasse les 100 000 et cela fait toute la différence. Autant on pouvait considérer il y a dix ans que les écologistes vivaient une crise de croissance liée à leur histoire mouvementée et à leur poids encore marginal dans l’ensemble de la gauche française, autant il faut les considérer désormais pour ce qu’ils sont : des conquérants qui ne veulent plus se laisser marginaliser mais au contraire peser de tout leur poids dans la recomposition de la gauche.

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