La « prospérité commune », réponse de Xi Jinping au populisme

Chronique. Nouveau mantra de Xi Jinping depuis cet été, la « prospérité commune » a rapidement été perçue, notamment aux Etats-Unis, comme une nouvelle preuve du « virage maoïste » de Pékin. Pourtant, la publication le 15 octobre de l’intégralité du discours dans lequel le président chinois annonçait cette politique apporte un éclairage sensiblement différent. Moins rouge.

Xi Jinping dresse un double constat. Premièrement : « Les inégalités de revenu sont un sujet de préoccupation essentiel dans le monde entier. (…) La polarisation entre riches et pauvres et l’effondrement de la classe moyenne ont mené à une désintégration sociale, à une polarisation politique et à un populisme rampant. (…) Notre pays doit résolument se protéger contre une telle polarisation ». Or, la Chine est déjà touchée : « Ce problème d’un développement déséquilibré et inadéquat reste majeur en Chine avec de grands écarts tant en termes de développement régional que de distribution de revenus », reconnaît M. Xi.

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Deuxièmement : « La révolution technologique et la transformation industrielle donnent un nouvel élan au développement économique, mais elle a aussi de profonds effets sur l’emploi et la distribution des revenus, y compris des effets négatifs. Il faut étudier ceux-ci et y remédier. » Selon lui, la protection sociale ne peut pas tout. « Des pays développés se sont industrialisés depuis des siècles mais, en raison de leurs systèmes sociaux, ils n’ont pas résolu le problème de la prospérité commune et, de fait, l’écart entre riches et pauvres empire. » Précision intéressante : M. Xi se méfie d’une protection sociale trop généreuse. « Le gouvernement ne peut pas s’occuper de tout (…). Nous devons résolument éviter de tomber dans le piège de l’Etat-providence qui entretiendrait des gens paresseux. »

« Favoriser l’ardeur au travail »

Suivant de plus près qu’on pouvait l’imaginer les débats sur les réseaux sociaux, Xi Jinping emploie même deux termes en vogue chez les jeunes et les sociologues chinois, deux « phénomènes à éviter », précise-t-il : « l’involution » [être tourné sur soi-même] et « le “lying flat” » [glander, n’avoir aucune ambition].

Loin de vouloir empêcher les Chinois de s’enrichir, Xi Jinping veut, au contraire, que cette possibilité soit offerte à chacun. D’où son premier principe : « Favoriser l’ardeur au travail et l’innovation comme voies de l’enrichissement ». « Augmenter le capital humain de la société dans son ensemble ainsi que les savoirs professionnels, accroître la capacité des gens à trouver un emploi, créer une entreprise et renforcer leur aptitude à s’enrichir. » Guizot plutôt que Mao. Simplement, « ceux qui s’enrichissent les premiers devront aider ceux qui ne le sont pas encore ».

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