La revue « 90° » du Mouvement Colibris, ou comment faire face à l’effondrement

Revue des revues. L’été 2021 était incontestablement le moment approprié pour le lancement de 90°, la revue du Mouvement Colibris. Le thème du premier numéro – « Faire face ensemble à l’effondrement » – était remarquablement congruent à la séquence de catastrophes qui ont secoué l’hémisphère Nord au cours de la saison estivale, et qui n’ont épargné aucun continent. Le volume n’est pourtant pas aussi sombre qu’on pouvait le redouter.

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En droite ligne des thématiques chères au mouvement fondé en 2007 par Pierre Rabhi et Cyril Dion, la revue 90° est destinée à aborder les questions d’écologie au sens large, de refonte du lien social autour du vivant, les mutations imposées par la crise environnementale et ses conséquences socio-économiques. Le titre évoque d’ailleurs à la fois un brusque changement de cap, mais aussi, pourquoi pas, une température incompatible avec le maintien de la vie. 90° contient ainsi, en somme, et la difficulté du virage à prendre, et le péril de l’obstacle à éviter.

Explorer les dégâts

Animée par le journaliste Vincent Tardieu, ancien collaborateur du Monde, la revue 90° prend le parti d’une forme accessible – maquette dynamique, textes brefs, formats variés, souci de la pédagogie et de la transmission – proche de la presse magazine. Le projet, tel qu’explicité dans le premier éditorial, est autant d’explorer les dégâts, et leurs conséquences, du système économique dominant que d’en élucider les causes profondes et, surtout, d’en raconter les alternatives.

Ce premier numéro s’ouvre avec une « radiographie des catastrophes » provoquées par le fonctionnement même de nos économies – et dont l’été écoulé a fourni quelques exemples frappants. Surexploitation des ressources naturelles, émissions galopantes de gaz à effet de serre et accroissement des inégalités sont les principaux moteurs de l’effondrement de la biodiversité, du réchauffement climatique et de la contamination à grande échelle de l’environnement par une diversité de pollutions.

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Ce constat posé, deux grands reportages – à la Ferme légère, dans le Béarn, et sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes – racontent des expériences pensées autour d’une volonté d’autonomie et de résilience, portées par l’ambition de refonder le lien social, le rapport à la terre et aux territoires. Pour ceux qui franchissent le pas, le catastrophisme n’est pas toujours le moteur du changement, mais, pour nombre de ces militants, l’effondrement est au moins un horizon possible à intégrer dans son parcours de vie, dans ses choix.

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