La « Revue Banque » licencie la moitié de ses effectifs

La puissante Fédération bancaire française (FBF) a lancé cet été une restructuration radicale de son magazine professionnel, la Revue Banque, et du petit groupe de presse et d’édition rassemblé sous cette marque. Actionnaire majoritaire, le lobby des banques a annoncé en juin à l’équipe le licenciement de 9 des 17 salariés. « Le groupe se sépare de la rédaction et arrête son activité d’édition, indique une source interne. Les magazines spécialisés demeurent, mais la fabrication du contenu sera externalisée, auprès de pigistes et d’experts. »

De l’avis d’une ancienne salariée, la Revue Banque était « un ovni ». « Nous étions détenus par un lobby et nous étions pourtant indépendants, affirme-t-elle. Les journalistes de la rédaction ont leur carte de presse et nous avons longtemps pu aborder des sujets polémiques pour la FBF. » « J’étais étonnée de la marge de manœuvre dont nous disposions », ajoute une autre.

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Le titre décrypte les grandes tendances du secteur, se penche en particulier sur la réglementation bancaire. Il est lu par la profession, des consultants, des avocats, des régulateurs et par le monde académique. Mais la revue rate le virage du numérique, tandis que le nombre de ses abonnés s’étiole. « A l’image du secteur de la presse et de l’édition, le groupe Revue Banque fait face à des difficultés économiques depuis plusieurs années, avec l’activité presse et édition qui est devenue structurellement déficitaire », fait valoir la FBF.

« Who’s next ? »

« Ces dernières années, poursuit l’organisation, le développement de nouvelles activités telles que l’organisation de séminaires et la prestation de formation n’a pas permis de limiter les difficultés du groupe, qui ont continué à s’aggraver, encore plus en 2020, du fait de la crise du Covid 19. » En interne, on redoute toutefois une reprise en main du titre par la FBF et une confusion entre l’éditorial et le commercial. « La fédération était suffisamment riche pour soutenir sa filiale, et maintenir une revue de qualité, le temps que nous nous réorganisions », soutient-on.

En interne, on redoute toutefois une reprise en main du titre par la FBF et une confusion entre l’éditorial et le commercial

« Après les restructurations de la revue Analyse financière et celle de la Revue d’économie financière, voici le tour de la Revue Banque… Who’s next ? », a réagi, sur le réseau social LinkedIn, Christophe Nijdam, délégué général de l’Association française des investisseurs institutionnels et ancien secrétaire général de l’ONG Finance Watch.

« Quand il ne restera plus rien en matière d’information, de réflexion, de décryptage et de formation dans ces domaines clés, il ne faudra pas s’étonner de voir la Place de Paris reculer davantage », a-t-il poursuivi. « Quel dommage pour la visibilité de notre système bancaire », a renchéri Frédéric Visnovsky, le médiateur national du crédit aux entreprises à la Banque de France.