La revue « Politique étrangère » explore les stratégies de coexistence des pays d’Asie avec la Chine

La montée en puissance de la Chine, son affirmation et l’ambition qu’elle projette dans le monde ont un impact immédiat, fracassant et irréversible sur les pays de la région qui l’entourent, et en particulier ces tigres et dragons de l’Asie de l’Est, enrichis par les décennies de délocalisation occidentale et pour la plupart protégés par le parapluie sécuritaire américain.

C’est l’immense mérite du numéro d’été de la revue trimestrielle de l’Institut français des relations internationales (IFRI), Politique étrangère, de s’intéresser de près à la manière dont le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, les pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), et enfin l’Australie ont subi, mais aussi négocié l’émergence du géant chinois, parce que, comme l’écrit Marc Julienne, responsable des activités Chine au centre Asie de l’IFRI, ils « concentrent à la fois le plus de tensions, politiques militaires, stratégiques et le plus d’intérêts, commerciaux, financiers, technologiques », tout en se retrouvant « pris entre les deux fronts de la rivalité sino-américaine ». Venue de Chine, la crise du Covid est un révélateur de tous ces tiraillements et a exacerbé une défiance croissante vis-à-vis de Pékin.

« Cooptation, corruption, coercition »

Le cas de l’Australie, radiographié par Nadège Rolland, est révélateur entre tous de la stratégie déployée par la Chine vis-à-vis des pays de culture occidentale en dehors des Etats-Unis : un mélange vénéneux de « cooptation, corruption et coercition », dont Canberra ingère une pleine dose, avant de l’identifier et de développer contre lui des anticorps. Les pays d’Asie du Sud-Est, comme l’analyse Sophie Boisseau du Rocher, sont eux considérés par la Chine comme son « premier terrain d’expérimentation ».

Tiraillés par leurs propres contradictions et la faiblesse structurelle de leurs démocraties imparfaites ou fortement contrariées, ces pays sont bien moins résistants au mastodonte chinois, mais la plupart n’en développement pas moins des stratégies propres de coexistence et de contrepoids.

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L’Asie du Nord-Est est, elle, un champ de bataille à couteaux tirés, ou presque : le Japon, la Corée du Sud et Taïwan sont à la fois trop puissants, trop proches des Etats-Unis, et trop liés économiquement à la Chine pour que celle-ci ne puisse sans conséquence majeure changer les équilibres en sa faveur – du moins tant que la superpuissance américaine veille.

De la Corée du Sud, Pékin « ne parvient pas à faire un pays neutre et à le distancier des Etats-Unis », écrit Antoine Bondaz, qui analyse l’étrange valse à trois que Séoul, Washington et Pékin ont effectuée autour du dossier de la dénucléarisation de la Corée du Nord sous Trump. Pressurisé par la Chine, Taïwan est lui un cas d’école de la résilience face à Pékin : l’île a déployé des ressources insoupçonnées, notamment pendant le Covid-19. Partout dans ces pays, une dynamique commune : les jeunes générations sont profondément suspicieuses de la Chine et de son modèle autoritaire.

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