La revue « Reliefs » donne champ libre à la prairie

Coquelicots et trèfles des prés, herbes folles et herbacées, pâtures complantées… Le paysage fièrement végétal de la prairie se décline en une infinité de nuances de vert, de bleu, de gris sur la couverture (en relief, évidemment) du numéro 13 de la revue Reliefs. Opportunément placés par l’illustratrice Jade Khoo, des piquets de bois guident le regard du futur lecteur et structurent l’espace de la composition – une habile façon de rappeler que la plupart des prairies actuelles ont été aménagées par l’homme.

S’attarder sur le paysage ne relève pas seulement du plaisir de la flânerie. C’est au contraire tout l’intérêt de cette revue semestrielle transdisciplinaire : étoffer la pensée en lui offrant des supports de réflexion incroyablement variés, combinant image et texte. Schémas, infographies, portfolios, dessins, reproductions d’anciens documents cartographiques ou photographiques y dialoguent avec les tribunes, entretiens, articles, portraits, poèmes et autres extraits d’auteurs du passé – sans oublier la playlist qui accompagne chaque numéro.

D’Emile Zola à Théodore Monod

Plus proche du beau livre que de la feuille de chou, Reliefs se veut en effet un voyage en immersion dans chacun de ses sujets. La profusion de documents présentés tient la promesse d’une revue « dédiée à la nature, à l’aventure et à l’exploration », dans laquelle les planches d’entomologie de Maria Sibylla Merian et la prose d’Emile Zola sont autant d’évocations destinées à faire image dans l’esprit du lecteur.

Et si l’on ne boude pas le plaisir de feuilleter ce qui s’apparente à un carnet de voyage, l’équipe a pris soin de placer en page de garde une citation du naturaliste Théodore Monod. Sa réflexion sur la redéfinition de la figure et des pratiques du scientifique depuis le XIXsiècle sonne comme un avertissement contre une vision romantique de l’explorateur occidental, aujourd’hui critiquée.

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Une fois le décor posé, vous voilà dans le vif du sujet. Marc Dufumier, agronome et professeur honoraire à AgroParisTech, brosse dans ce dossier un panorama des types de prairies et de leurs conséquences sur le climat et la biodiversité, complexifiant ainsi le propos selon lequel l’élevage serait incompatible avec la transition écologique.

S’ensuivent plusieurs inventaires, menés par les plus grands spécialistes de leurs domaines : l’écologue Philippe Grandcolas recense pour le lecteur la diversité des insectes des pâturages, l’ethnologue Anne-Marie Brisebarre répertorie les pratiques d’estivages contemporaines, pendant que l’historien du sensible Alain Corbin parcourt plusieurs siècles de littérature champêtre. Leurs travaux sont prolongés par les réflexions politiques des philosophes Joëlle Zask ou Pierre Charbonnier, comme pour en tirer les conclusions qui s’imposent. En variant les champs et les échelles d’analyse, le voyage aller-retour proposé par Reliefs laisse le lecteur plus attentif aux mondes passés, présents et futurs.

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