La rocade de Royan, une « ligne de vie » qui redessine la ville

Par et Thibault Stipal

Publié aujourd’hui à 06h00, mis à jour à 16h44

Il fait encore chaud en Charente-Maritime, en septembre. Pour profiter d’un coin d’ombre dans la forêt de la Palmyre, se rendre à Planet Exotica, avec ses (vrais) alligators et ses (faux) dinosaures ou se baigner sur la plage de Saint-Georges-de-Didonne, c’est la D25 qu’il faut emprunter : la rocade de Royan. Une route à tout faire longue de 18 kilomètres qui ceinture la ville et ses 18 000 habitants, flirtant avec la campagne à l’est et tutoyant l’océan à l’ouest. Un petit périphérique, à visage humain.

100 « Fragments de France »

A six mois de l’élection présidentielle, Le Monde brosse un portrait inédit du pays. 100 journalistes et 100 photographes ont sillonné le terrain en septembre pour dépeindre la France d’aujourd’hui. Un tableau nuancé, tendre parfois, dur souvent, loin des préjugés toujours. Ces 100 reportages sont à retrouver dans un grand format numérique.

La voie rapide s’est insérée dans le paysage depuis l’inauguration de son premier tronçon, en 1983. Depuis, des bouquets de fleurs ont été déposés sur les bas-côtés en mémoire des accidents qui y ont eu lieu. Les « gilets jaunes », eux, ont quitté les ronds-points. A leur grande époque, en décembre 2018, ils avaient organisé un cortège funèbre pour « enterrer » le pouvoir d’achat. Dans le tunnel reliant la Robinière à Marne-Yeuse, deux quartiers populaires, les graffitis ont été récemment recouverts de quelques affiches « Zemmour président ». C’est dans les bureaux de vote de Marne-Yeuse que le candidat du Rassemblement national aux élections municipales, Thierry Rogister, a décroché ses plus hauts scores en 2020 (jusqu’à 19 %) dans cette ville où il a obtenu un petit 12 % au premier tour. Royan vote à droite depuis des lustres, mais boude les extrêmes.

Une affiche électorale d’Eric Zemmour, sur le pilier d’un pont de la rocade de Royan (Charente-Maritime), le 22 septembre 2021.

La rocade a sa place dans le vocabulaire et les habitudes des Royannais. Patrick Marengo, le maire (LR), la considère comme le « cordon ombilical » de l’agglomération. Comme de nombreuses rocades encerclant les villes françaises, celle-ci est devenue ce que le géographe Michel Lussault considère comme un « espace central ». « Les rocades ne constituent pas des frontières, mais des lignes de vie », précise-t-il. Ici, la vie se déplace souvent sur quatre roues : 78 % de la population active se rend au travail en voiture, selon l’Insee. L’été, la population gonfle, la circulation s’épaissit, la phlébite automobile guette. En septembre, la rocade retrouve sa fluidité et la cité son calme.

Le trafic ferroviaire est quasi inexistant. « Une partie des actifs qui auraient pu s’installer à Royan grâce au télétravail renoncent » à cause de la difficulté d’accès à la ville depuis Bordeaux ou Paris, regrette Didier Quentin, ancien maire de la ville et député (LR) de Charente-Maritime. « Nous sommes une enclave », assure l’élu. L’agglomération accueille ainsi de nombreux retraités issus de la classe moyenne supérieure, qui ont décidé de faire de leur lieu de villégiature celui de leur retraite.

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