La sandale en corde, pour repartir d’un bon pied

Sandales homme ESPA, en corde, Isabel Marant, 350 €.

Profondes, les aspirations bohèmes remontent aux temps où, par caravane, puis par caravelle, les marchandises du bout du monde s’offraient comme autant d’appels de nouveaux lointains. Turbans, châles, pyjamas, gilets en mouton, chaussures mexicaines, tenues paysannes procèdent ainsi du même désir d’évasion géographique et temporelle. En faisant écho à ­l’Antiquité, les sandales en corde s’inscrivent dans cette tradition et profitent des moyens d’expression moderne.

A l’origine du phénomène, deux marques pionnières, tournées vers l’écologie à tendance végane et montées par des amoureux de la nature. Qu’elles soient originaires du Nicaragua ou de Virginie, ces premières sandales en corde de polypropylène, issues d’une production écoresponsable, signées Nomadic State of Mind et Gurkees, sont repérées par les équipes des concept stores qui les mettront sur les sites et dans les vitrines de leurs échoppes.

Elan global en faveur du nu-pied

Accessibles à un public restreint, elles graviront les marches qui conduisent une pièce marginale et ordinaire vers les sommets de la mode. Mises en scène sur les réseaux sociaux, elles accompagnent à merveille verre de vin blanc, piscine avec vue, mur à la chaux ou de terre cuite, promenade en bord de mer.

Autant ­d’éléments qui servent à la mise en scène d’hommes et de femmes la mine dorée par le soleil, le corps bruni comme un caramel. Oisifs, influenceurs, vacanciers ou les trois à la fois, qui sillonnent la Méditerranée, flânent dans les ruelles et prennent la pose.

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Ces images, le plus souvent, sont accompagnées de mots-dièses invitant le suiveur – resté à quai – à demeurer au contact de ­l’essentiel : quelques fruits frais, l’amour et les amis, sans oublier des panoramas mythiques au cadrage travaillé. Bref, un savant mélange d’artifices et d’authenticité, de réclame et de désir de voyage.

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La sandale en corde relie donc à la terre tout en ouvrant au monde. Malgré ses liens, elle n’emprisonne pas le pied, ne le condamne pas à souffrir au nom de principes d’un autre temps. Pièce ­récurrente dans les élégances depuis l’Empire, la sandale profite également d’un élan global en faveur du nu-pied. Là encore, face à l’urgence climatique, superficialité et questionnements existentiels se croisent ou se répondent. Et tant mieux, car c’est de repartir d’un bon pied dont il est ici question.

Sandales en raphia tressé, Jonak, 79 €.
Sandales croisées en raphia tressé, Vanessa Bruno, 255 €.
Sandales en corde, Nomadic State of Mind, 65 €.
Sandales Stephanie, en cuir et corde, Miista, 295 €.
Sandales homme Fendi Reflections, en raphia, Fendi, 650 €.
Sandales homme Jude, en cuir et corde, Saint Laurent par Anthony Vaccarello, 495 €.