La série « Germinal », espoir d’un renouveau pour la fiction française

Tournage d’une scène de « Germinal » sur le décor de la mine, avec Guillaume de Tonquédec (en chapeau haut-de-forme).

Fin 1993, les jeunes Julien et David, âgés de 14 ans, furent emmenés au cinéma pour y voir Germinal, de Claude Berri. Leurs professeurs leur firent ensuite lire le roman d’Emile Zola.

Les deux garçons ne se connaissaient pas, ne fréquentaient pas le même collège, mais toute leur classe d’âge fut prise dans la formidable campagne de promotion qui entoura la sortie de cette superproduction bien française (par opposition aux fantaisies anglophones de Luc Besson). Nulle épiphanie ne résulta de la découverte de l’épopée minière et ce souvenir scolaire ne ressurgit que trois décennies plus tard dans les mémoires de Julien Lilti et David Hourrègue, devenus l’un scénariste, l’autre réalisateur, lorsqu’ils se virent proposer de donner à nouveau vie à Etienne Lantier, aux mineurs du Voreux et aux femmes du coron des Deux-Cent-Quarante.

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Leur version de Germinal n’est pas un film : elle représente la France dans la compétition internationale de Séries Mania. Ce n’est qu’un des innombrables enjeux que ces six épisodes ont soulevés au fil de leur conception, de leur production, de leur diffusion : premier grand projet issu de la stratégie internationale du groupe France Télévisions, Germinal témoigne de la volonté de faire jeu égal avec les plates-formes et les studios anglo-saxons.

Et, puisque la série sera diffusée sur France 2, après avoir été disponible plusieurs semaines sur la plate-forme française Salto, elle représente aussi, estime Julien Lilti, une « idée de la mission de service public par rapport aux séries d’époque ».

Alliance des services publics

En 2019, sur le plateau de Skam, série adolescente destinée à France Télévisions, produite par la société Banijay, groupe audiovisuel dirigé par Stéphane Courbit, David Hourrègue a vu fleurir des exemplaires de Germinal. Le jeune réalisateur s’est enquis des raisons de cet engouement : à la suite d’une conversation entre les responsables du groupe public et les dirigeants de Banijay, on envisageait une nouvelle adaptation du roman de Zola.

Comme l’explique Manuel Alduy, directeur du cinéma et du développement international de France Télévisions depuis février, il s’agissait de « s’investir dans quelques projets à fort budget, au-delà de ce qui était fait en fiction nationale ».

Le réalisateur, David Hourrègue, en plein tournage.

Plutôt que de se tourner vers les plates-formes, comme ont pu le faire TF1 ou Arte, il a été fait appel aux homologues italien et allemand de France TV, la RAI et ZDF. Leur apport permettait de doubler le budget alloué à chaque épisode, passant de 1 million à 2 millions d’euros, voire plus. Il s’agissait, poursuit Manuel Alduy « de rajeunir le public, en touchant les actifs par un traitement différent de la fiction locale » tout en évitant l’appel à la participation des plates-formes grâce à l’alliance des services publics européens.

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