« La situation actuelle offre un terrain d’expérimentation de modèles économiques comme il n’en existe pas tous les siècles »

Qu’avons-nous appris ? Tel Socrate au soir de son existence, les économistes s’interrogent sur leur savoir. Ils profiteront de la chaleur provençale d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) pour frotter leurs idées à celles de leurs collègues, dans le cadre des 21es Rencontres économiques organisées par le Cercle des économistes à partir de ce vendredi 2 juillet et durant tout le week-end.

La situation actuelle offre un terrain d’expérimentation comme il n’en existe pas tous les siècles à la croisée de trois événements improbables : une révolution technologique, une menace existentielle et une catastrophe planétaire. Cette dernière, sous la forme d’une pandémie exceptionnelle, vient accélérer la survenue des deux autres, l’émergence du numérique et l’urgence climatique. La rupture idéologique qui en découle est aussi considérable que celles qui ont donné naissance aux théories de géants de leur discipline comme Karl Marx (1818-1883), John Maynard Keynes (1883-1946) ou Joseph Schumpeter (1883-1950).

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Mais, justement, quelle théorie nouvelle inventer qui soit utile non seulement pour la compréhension du monde actuel, mais aussi pour sa transformation ? Les économistes partagent avec les météorologues la même malédiction. On leur demande sans cesse de prédire l’avenir alors qu’ils ne savent qu’analyser le passé.

Trois ouvrages parus ces derniers mois résument bien l’état d’esprit du moment, comme autant de tentatives immodestes d’inventer un nouveau capitalisme capable de sauver la planète. Et convoquent l’histoire pour y parvenir. La Dernière Chance du capitalisme, de la journaliste Marie-Paule Virard et du conseiller économique de la banque Natixis Patrick Artus (Odile Jacob, 192 pages, 20,90 euros) se veut le plus virulent.

Les auteurs tirent à boulets rouges sur le néolibéralisme et son obsession sans fin du rendement financier pour l’actionnaire, au prix de l’austérité salariale et du populisme. Ils proposent de renouer avec la philosophie politique de l’ordolibéralisme allemand, née en 1932 à Fribourg et creuset idéologique de la social-démocratie allemande de l’après-guerre. Et insistent sur la responsabilité sociétale et environnementale de l’entreprise.

L’angle mort du climat

Philippe Aghion, professeur au Collège de France, propose, avec Céline Antonin et Simon Bunel, de s’inspirer de Schumpeter, économiste américain, théoricien de la destruction créatrice (Le Pouvoir de la destruction créatrice, Odile Jacob, 2020). Cette phase douloureuse est celle de l’accouchement d’innovations qui transforment la société et détruisent les structures anciennes. D’où la nécessité d’en corriger les dégâts tout en ne bridant pas l’élan créateur. Le modèle scandinave est celui qui se rapproche le plus de cet équilibre.

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