La Suède menacée par une « crise du ciment »

La carrière de Slite, sur l’île de Gotland, en mer Baltique, en juillet 2016.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, une drôle de frénésie s’est emparée des Suédois. Il y a ceux qui agrandissent leur maison, en ajoutant une annexe dans le jardin. Les autres qui retapent une cabane à la campagne. Ceux qui ont investi dans la piscine, résignés à passer les vacances à la maison. Du coup, difficile de trouver un contremaître ou des ouvriers, surtout que le secteur du neuf est en pleine ébullition : environ 60 000 nouveaux logements sont construits chaque année.

Mais tout cela pourrait bientôt s’arrêter, si la crise du ciment, redoutée par tous les acteurs du secteur, devenait une réalité. En cause : la décision de la cour d’appel des terres et de l’environnement, le 6 juillet, de rejeter la demande de prolongation du permis d’exploitation de la carrière de Slite, sur l’île de Gotland, déposée par la compagnie Cementa AB, filiale de l’allemand HeidelbergCement Group. Un refus confirmé le 25 août par la Cour suprême, à Stockholm.

Situées sur la côte nord-ouest de Gotland, en mer Baltique, la carrière calcaire et sa cimenterie emploient 430 personnes. Il en sort environ 2,5 millions de tonnes de ciment par an, soit 75 % de la production nationale. En 2017, Cementa AB avait déposé une demande de prolongation et d’extension de son permis d’exploitation, arrivant à échéance le 31 octobre, pour vingt années supplémentaires.

« 280 000 emplois sont menacés »

Le 17 janvier 2020, la requête a été approuvée en première instance. Mais l’Agence suédoise de la protection de l’environnement, le conseil régional de Gotland et les services de recherche géologique (SGU) ont fait appel, arguant notamment de l’incidence négative de l’extraction du calcaire sur les eaux souterraines de l’île. Début juillet, la cour d’appel leur a donné raison : une décision très controversée en Suède, car ses conséquences pourraient être dévastatrices pour l’économie du pays.

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Dans le secteur de la construction, le syndicat Byggnads et l’organisation patronale Byggföretagen ont fait les calculs. « Sur le court terme, 280 000 emplois sont menacés, dont 175 000 directement », affirme Catharina Elmsäter-Svärd, présidente de la Confédération suédoise de la construction. Sans ciment, pas de béton : au lieu de 5 000 nouveaux logements par mois, les partenaires sociaux estiment qu’ils ne pourront plus en produire que 1 200, soit une perte mensuelle de 23 milliards de couronnes (2,3 milliards d’euros) d’investissements.

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