La suppression du ticket de métro parisien est-elle une bonne chose ?

L’argument pratique

En moyenne, « 1 ticket vendu sur 10 n’est pas utilisé car il est perdu, abîmé ou oublié », déplore Île-de-France Mobilités. Ce qui équivaut à 60 millions des 600 millions de tickets vendus annuellement. Au tarif de 1,90 euro l’unité, cela représente une perte de 114 millions d’euros par an. De plus, chaque année, au moins 5 millions de tickets se démagnétisent et deviennent ainsi inutilisables. Qui dit fin des tickets dit fin des pertes.

L’argument écolo

Les tickets en carton, magnétisés, ont un véritable impact écologique. Par inadvertance ou inconscience, nombreux sont les usagers qui les jettent n’importe où. En se baladant dans les rues parisiennes, on les voit par terre, sur les trottoirs, dans les parcs… Et, d’après Île-de-France Mobilités, « un ticket de métro ou de bus met un à deux ans à se décomposer dans la nature », soit l’équivalent d’un mégot de cigarette.

L’argument de mauvaise foi

Avouons-le, le ticket de métro a fait son temps. En 2021, on vit, on paie, on parle, on filme avec son téléphone. Autant suivre le mouvement numérique et en finir avec ce petit bout de carton has been, non ? Et puis, bon, votre ­ticket, on sait comment il finit. Soit dans un état quasi poudreux au fond de la poche de votre jeans après le lavage, soit il traîne des jours sur un coin de votre table. Donc merci pour tout, mais finissons-en.

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Le contre-argument pratique

Pour remplacer le ­ticket, la RATP planche sur des cartes magnétiques rechargeables et une application mobile. Un nouveau système, et donc de nouvelles contraintes. Les adeptes de l’application devront sans cesse veiller à avoir de la batterie ou du forfait Internet, sans quoi il leur sera impossible d’accéder à leur abonnement. Et, surtout, cette modernisation compliquera encore plus la vie d’une partie de nos seniors, plongés dans le gouffre de la fracture numérique.

Le contre-argument écolo

Dans une ville aussi touristique, beaucoup de gens ne sont que de passage et jetteront leur carte très rapidement. Alors, oui, il y aura bien moins de déchets. Mais remplacer un ticket en carton par une carte en plastique peut poser question, sachant que le plastique met de cent à mille ans à se décomposer dans la nature. Quant à l’application mobile, elle rend le téléphone encore plus indispensable. Et son impact environnemental est, lui aussi, énorme.

Le contre-argument de mauvaise foi

Mine de rien, on s’y est attaché à ce petit bout de carton. Le voir disparaître marquerait la fin d’une époque. Ce qui entraînerait, forcément, un brin de nostalgie. Disparue, cette sensation d’être un héros quand on offre un ticket à un inconnu en quittant la rame. Envolé, cet ami du quotidien qui, dans ses secondes vies, pouvait servir de filtre pour fumer un joint, de projectile dans une salle de classe, voire de cocotte en papier.

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