« La tentative d’Eric Zemmour de normaliser Vichy vise à masquer son véritable projet : mettre à bas la République »

Une affiche montrant le polémiste d’extrême droite Eric Zemmour à Saint-Herblain (Loire-Atlantique), le 30 octobre 2021.

Collision de l’actualité : alors que le 11 novembre, Hubert Germain, le dernier des compagnons de la Libération, mort à 101 ans, va être inhumé au Mont-Valérien, lieu d’exécution des résistants et des otages par les nazis durant l’Occupation, la précampagne de l’élection présidentielle est secouée par un polémiste qui accuse les résistants d’avoir « poussé [la France] à la guerre civile » en tuant des collaborateurs, et affirme que « Pétain a sauvé les juifs français ». Répétées, de telles affirmations scandaleuses n’ont pas pour seule fonction d’assurer une présence permanente dans les médias et les réseaux sociaux. Elles flattent les milieux ultranationalistes et la France rance, émoustillés par le spectacle d’une personnalité revendiquant son identité juive, faisant cause commune avec les héritiers du théoricien de l’antisémitisme Charles Maurras.

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Mais, surtout, en s’attaquant de façon obsessionnelle à Vichy et à l’histoire de l’Occupation, sujets inattendus dans une course 2022 à l’Elysée, Eric Zemmour envoie un autre message : l’Etat français et l’effondrement de la République en 1940-1944 ne constituent pas une période honteuse de notre histoire. Sa tentative de normaliser Vichy vise en réalité à masquer et à banaliser son véritable projet : mettre à bas non seulement la Ve République, mais la République tout court. « Il souhaite lever le tabou de Vichy afin de rendre acceptable un projet de détricotage de l’Etat de droit et d’exclusion des minorités », résume l’historien Laurent Joly.

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L’idée même selon laquelle la Constitution, clé de voûte de l’ordre juridique républicain, ne résisterait pas à un choc mettant en cause la nation, n’est-elle pas tragiquement illustrée par le vote du Parlement qui, le 10 juillet 1940, par 569 voix contre 80, a confié à Pétain le pouvoir de donner au pays une nouvelle loi fondamentale, des « actes constitutionnels » abolissant la République, qui ouvriront la voie au « statut des juifs » d’octobre 1940, introduisant le concept de « race juive » qui n’avait aucun précédent dans le droit français ?

Jeter aux orties la Constitution

Aujourd’hui, M. Zemmour ne le cache pas : le plan de renvoi massif des immigrés, supposé « sauver la France » et qui est « très clair dans [sa] tête », n’est applicable « que si on se débarrasse des contraintes de la Cour européenne des droits de l’homme [CEDH], (…), du Conseil constitutionnel », disait-il sur le plateau d’« On est en direct », sur France 2, le 11 septembre. « Se débarrasser du Conseil constitutionnel » ? Cela revient à jeter aux orties la Constitution dont le Conseil est le gardien. « Se débarrasser » de la CEDH ? Cela conduit à abolir les droits fondamentaux intégrés dans le droit français. Pas seulement celui sur le « droit au respect de la vie familiale », particulièrement visé puisqu’il concerne, entre autres, le regroupement familial des étrangers. Mais aussi l’article qui garantit le droit à un « procès équitable », dont Eric Zemmour lui-même n’hésite pas à se prévaloir − comme d’ailleurs Nicolas Sarkozy − pour mettre en cause l’impartialité de ses juges après une condamnation pour « provocation à la haine religieuse ».

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