La touche magique d’Ettore Sottsass

Ettore Sottsass photographié en 1998 à la galerie Mourmans, avec le totem « Gaspump No12 », créé en 1966.

C’est une façade anonyme en terrazzo, au 12 de la rue Bonaparte, à Paris, juste à côté de l’Ecole des beaux-arts, à la fois invisible et qui tranche pourtant radicalement avec les devantures traditionnelles qui l’entourent. Les connaisseurs d’architecture et de design viennent souvent la contempler.

Elle a pourtant failli ne jamais voir le jour. Lorsque, en 1985, le galeriste et antiquaire Yves Gastou (mort en 2020) présente son projet de façade en « marbre du pauvre », noir et blanc, à l’architecte des bâtiments de France et au ­directeur de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts, ils refusent cette vitrine qu’ils qualifient « de boucherie ou de pompes funèbres ».

Pendant plus de deux ans, le galeriste affrontera les services administratifs jusqu’au jour où il rencontre Jack Lang, qui lui permet de décrocher son permis de construire… L’auteur de cette adresse devenue mythique n’est autre qu’Ettore Sottsass, maître du design mort en 2007, auquel le Centre Pompidou consacre une exposition, du 13 octobre au 4 janvier, au titre énigmatique : « L’Objet magique ».

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« L’objet magique, c’est celui qui produit de l’émotion », explique Barbara Radice. Celle qui a été pendant plus de trente ans la compagne puis l’épouse d’Ettore Sottsass reçoit dans leur immense appartement du centre de Milan où elle vit entourée de ses œuvres. Toute sa vie, au siècle du rationalisme, l’architecte devenu designer s’est attaché à produire des objets inédits. Les plus célèbres sont ceux de son époque Memphis, du nom du groupe fondé par Sottsass à Milan en 1981.

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Le mobilier et les objets aux couleurs pop et les associations audacieuses de formes géométriques issus de ce mouvement ont révolutionné le design au début des années 1980. Alors âgé de 64 ans, Sottsass réunit autour de lui une bande de jeunes designers : Michele De Lucchi, Marco Zanini, Martine Bedin, Nathalie du Pasquier, Peter Shire, Hans Hollein… Au Salon de Milan de 1981, ils dévoilent leur première collection de meubles recouverts de stratifié.

Dessin préparatoire de la façade de la Galerie Gastou, en 1984.

Quarante ans après la naissance de Memphis, l’auteur de Ecrit la nuit : le livre interdit (Herodios, 2020), ouvrage autobiographique qui a connu son petit succès, plaît toujours autant. Le personnage d’abord, avec sa trajectoire atypique – Sottsass a connu la Beat generation et les ashrams indiens, loin de la vie milanaise et de ses confrères Gio Ponti ou Achille Castiglioni.

« Comme Picasso dans le domaine des arts, Sottsass était un créateur polymorphe, qui a eu différentes périodes et a touché à plusieurs médiums. Le Centre Pompidou possède son plus grand fonds en Europe. » Marie-Ange Brayer, commissaire de l’exposition

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