La tour Eiffel rouvre ses portes, après neuf mois de fermeture

Des touristes s’abritent du soleil avec des ombrelles, sur l’esplanade du Trocadéro, à Paris, le 3 août 2018.

C’était sa plus longue fermeture depuis la seconde guerre mondiale et de nombreux visiteurs français et étrangers attendaient sa réouverture depuis près de neuf mois. A partir du vendredi 16 juillet à 12 h 45, la tour Eiffel accueillera de nouveau du public.

La capacité d’accueil de la structure en fer puddlé est réduite à 50 %, soit 13 000 visiteurs maximum par jour, en raison notamment de la jauge sanitaire imposée dans les ascenseurs face à l’épidémie de Covid-19.

Après deux cent soixante jours sans visiteur et un recours massif au chômage partiel pour les 350 employés, « il y a une vraie attente des personnels », qui en terminent avec « presque un mois de check-up complet », affirme le patron du monument, Jean-François Martins. Ascenseurs, guichets, gestes barrières, « c’est un peu comme au démarrage d’un avion… », explique le président de la Société d’exploitation de la tour Eiffel (SETE).

Dès mercredi 21 juillet, conformément à ce qu’a annoncé le président Emmanuel Macron pour les lieux de loisirs et de culture rassemblant plus de 50 personnes, le passe sanitaire sera obligatoire pour accéder au monument. Selon M. Martins, c’est « inévitable ». « Evidemment, c’est une petite complexité opérationnelle supplémentaire à mettre en œuvre en quelques jours, mais ce n’est pas insurmontable », relativise-t-il. « La Dame est prête. Elle a donné un grand spectacle [mercredi] soir pour se préparer », résume M. Martins, faisant référence au feu d’artifice du 14-Juillet.

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Quinze pour cent des réservations par des touristes américains

D’où les visiteurs viendront-ils ? Les chiffres de la billetterie, ouverte depuis le 1er juin avec 70 000 entrées vendues jusqu’à la fin du mois d’août, mais en majorité pour la seconde quinzaine de juillet, permettent d’esquisser les premières estimations : une moitié de Français, une moitié d’étrangers avec « une belle proportion d’Américains », à 15 %, et un tiers d’Européens. Chez ces derniers, en raison du Brexit et de la circulation active du variant Delta, « l’absence totale des Britanniques est très marquante, alors qu’ils sont traditionnellement la clientèle la plus présente », souligne le président de la SETE, qui observe en revanche une « poussée de la sphère méditerranéenne », Espagne et Italie en tête.

Parmi les réservations, très peu de voyageurs de longue distance comme les Asiatiques, qui passent beaucoup par les agences de voyage. Mais, entre incertitudes sanitaires et conditions météorologiques instables, « on va avoir beaucoup de billets vendus le jour même », prédit M. Martins. Il mise sur « une bonne moitié » de tickets écoulés sur site.

Une recapitalisation pour éponger ses pertes

Le célèbre monument, propriété de la Ville de Paris, avait déjà fermé ses portes entre mars et juin 2020 lors de la première vague de l’épidémie de Covid-19. La fin de sa plus longue période de fermeture après guerre, en ce mois de juillet, coïncide avec sa recapitalisation de 60 millions d’euros validée lundi par son conseil d’administration. Cette augmentation de capital doit permettre à la SETE de surmonter la perte d’environ 70 millions d’euros projetée pour 2021, après un déficit de 52 millions en 2020, quand son chiffre d’affaires est passé de 99 à 25 millions d’euros.

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« [Cette année, après six mois de fermeture et un second semestre planifié en demi-jauge,] nous ne pourrions faire que 25 % de notre revenu normal, dans un modèle absolu », souligne M. Martins. « La vérité, c’est qu’on fera moins parce que, dedans, il y a aussi des mauvaises périodes [à l’automne] », anticipe le dirigeant, en discussions avec l’Etat « pour qu’il nous aide à passer la période ».

Dans ce passage difficile, le chef-d’œuvre de Gustave Eiffel, qui a accueilli jusqu’à 7 millions de visiteurs en 2014 et encore 6,2 millions en 2019, doit aussi faire face au défi logistique du chantier de peinture que lui imposent ses 132 printemps. Suspendue depuis le début de février en raison de traces de plomb supérieures au seuil réglementaire, la vingtième campagne de peinture est toujours en phase de test et ne reprendra pas avant l’automne, ce qui explique le maintien d’un grand filet suspendu à la tour, du côté du Champ-de-Mars.

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Le Monde avec AFP