« La Traversée », « Candyman », « En route pour le milliard »… Les films à l’affiche

LA LISTE DE LA MATINALE

Pléthore de films recommandables à l’affiche cette semaine. Une idée maîtresse les traverse pour la plupart : comment transmettre les pires violences de l’histoire, du racisme, de la guerre, du foyer conjugal, sans les trahir mais en y mettant les formes ?

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« En route pour le milliard » : au Congo, une marche des mutilés se constitue en corps politique

Entre le 5 et le 10 juin 2000 eut lieu un conflit méconnu appelé « guerre des six jours », où les armées ougandaises et rwandaises se sont combattues sur un terrain voisin, celui de la République démocratique du Congo, alors en pleine guerre civile, et plus précisément dans la ville de Kisangani, qui fut leur point de rencontre. Particulièrement intense et violent, l’affrontement a fait de nombreuses victimes parmi les civils congolais (près de 1 200 morts et 3 000 blessés, selon un rapport des Nations unies).

En 2018, quand Dieudo Hamadi commence à filmer les membres de l’Association des victimes de la guerre des six jours, des femmes et des hommes qui en gardent des stigmates physiques sous forme de mutilations, cela fait treize ans qu’ils attendent l’indemnisation prévue par le jugement de la Cour internationale (le fameux « milliard »).

Cette constitution politique fait tout l’objet d’En route pour le milliard, prenant la forme d’un long périple : celui que décident d’accomplir les mutilés à travers tout le pays jusqu’à la capitale Kinshasa, pour faire reconnaître leurs droits. Cette parade des éclopés aux accents baroques, Dieudo Hamadi la filme bel et bien comme l’élaboration d’un corps collectif qui subvient aux mutilations individuelles, aux bras et aux jambes qui font défaut. Tout brinquebalant soit-il, le corps constitué avance, et tient : de sa chair meurtrie émerge petit à petit la preuve tangible d’une existence politique. Mathieu Macheret

« En route pour le milliard », documentaire (France-République démocratique du Congo) de Dieudo Hamadi (1 h 29).

« La Traversée » : comment dépeindre le malheur aux enfants ?

Un film destiné aux enfants peut-il aborder des sujets graves sans avoir recours à l’édulcoration ou à la simplification susceptibles de les trahir ?

Premier long-métrage de l’animatrice Florence Miailhe (César du meilleur court-métrage en 2002 pour Au premier dimanche d’août), La Traversée apporte à ce paradoxe une réponse brillante, en traduisant dans le langage figuré du conte certaines réalités, souvent terribles, de notre monde contemporain.

Partant de sa propre histoire familiale, ses aïeux ayant fui les pogroms et connu l’exil, la réalisatrice, avec le concours de sa coscénariste Marie Desplechin, relie l’expérience juive du XXe siècle à l’actualité des déplacements de population, à travers le récit picaresque de deux orphelins transbahutés par les circonstances.

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