La vigne francilienne refleurit

A Paris et dans son bassin, le vignoble a subi les assauts successifs du phylloxéra (vers 1880), de l’industrialisation et de la construction immobilière.

A l’approche des vendanges 2021, Julien Brustis est l’un des rares vignerons à garder le sourire. Cet œnologue et ingénieur agronome de 30 ans, originaire du Bordelais, envisage sereinement les troisièmes vendanges de son domaine, La Bouche du roi, situé dans les Yvelines. Car ses raisins ont échappé aux multiples accidents climatiques des derniers mois.

« Le millésime est plus tardif que l’an passé et les maturités s’annoncent bien », se réjouit le cogérant de l’exploitation installée à Davron, un village de 320 habitants près de Versailles. Plantée à partir de 2017, la vigne s’étend sur 23 hectares, dont 10 sont déjà aptes au vin, avec des cépages tels que le chenin, le chardonnay et le merlot. Depuis un siècle, c’est le premier domaine ­viticole d’Ile-­de-France à s’imposer avec une ambition professionnelle.

Conversion des terres agricoles

A Paris et dans son bassin, le vignoble, qui a atteint jusqu’à 40 000 hectares à son apogée, a subi les assauts successifs du phylloxéra (vers 1880), de l’industrialisation et de la construction immobilière pour ne plus offrir qu’un paysage folklorique. Avec ses quelques ceps, la colline de Montmartre en est le dernier exemple. Dans les années 2000, certaines municipalités, comme Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) ou Suresnes (Hauts-de-Seine), avaient vu plus grand en embauchant un vigneron comme employé municipal pour quelques milliers de pieds de vigne replantés.

Grâce à cette petite production de vin, elles ont pu constituer un dossier de demande d’indication géographique protégée (IGP), validé en 2020. L’apparition concomitante d’une viticulture dans la plaine de Versailles a servi cette création : « Comme on venait de planter nos vignes, on est entré dans le processus de reconnaissance de l’IGP afin de le dynamiser, raconte Julien Brustis. Si le dossier était justifié par des vignes associatives, on a pu lui donner une autre envergure. On a eu la chance de bénéficier de tout ce qui s’était fait avant nous. »

« La qualité de notre 2019 m’a rassuré ! Elle correspondait exactement à ce qu’on voulait. Bien sûr, chaque année, on va s’améliorer en même temps que le vignoble s’affirme. » Julien Brustis

Une fois mis en bouteille, le millésime 2020 de La Bouche du roi, encore en élevage, sera donc étiqueté « IGP Ile-de-France ». Une grande première que la chambre d’agriculture encourage : elle a notamment mis en place des formations pour les agriculteurs qui n’ont jamais pratiqué la viticulture. Les terres à planter sont rares dans la région, le potentiel viticole d’Ile-de-France repose donc sur la conversion des terres agricoles. Le domaine de La Bouche du roi accompagne ainsi la diver­sification de six agriculteurs des Yvelines et de l’Essonne, avec un contrat d’achat des raisins garanti sur dix ans.

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