« L’accès à des repas de qualité, proposé à un tarif social, aisé dans les métropoles, est impossible ailleurs »

Tribune. Proposée à l’initiative du Sénat, la création d’un titre restaurant étudiant trouve bien sûr sa source la plus récente dans l’une des pires conséquences de la crise économique engendrée par la pandémie : l’aggravation exponentielle de la précarité alimentaire des étudiants. Hausse de la fréquentation des épiceries sociales et solidaires dans les campus, surcroît d’affluence lors des distributions de colis alimentaires, chacun de nous a pu constater la profonde détresse de cette jeunesse de plus en plus importante.

Privée des petits boulots rémunérateurs, ne bénéficiant pas d’un soutien financier familial suffisant, elle s’est trouvée de plus en plus isolée, en tout point du territoire, et souffrant d’un accès quasi impossible au réseau des restaurants universitaires, pourtant généreux dans ses initiatives, comme le Ticket Restaurant universitaire (ticket RU) à 1 euro.

La création d’un Ticket Restaurant étudiant est aussi une réponse sociale à un problème territorial de plus en plus aigu. Le fossé se creuse chaque jour davantage entre une offre de restauration universitaire principalement urbaine, concentrée sur 801 points de vente (restaurants et cafétérias), et la montée d’étudiants résidents dans des villes de taille moyenne, voire inférieure.

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Contrairement à une idée reçue, l’enseignement universitaire, toutes filières confondues, est réparti en France sur environ 500 sites. Ce phénomène s’est accéléré en raison, d’un côté, d’une très forte massification et, de l’autre, d’une réelle atomisation de l’offre. Si bien qu’aujourd’hui, on évalue en France le nombre d’étudiants éloignés à environ 500 000 !

Une solution concrète et immédiate

Cette situation entraîne de fait une précarité alimentaire corrélée à une fracture territoriale. L’accès à des repas de qualité, proposé à un tarif social, est aujourd’hui modulé selon le lieu d’étude de chacun et chacune. Il est généralement aisé dans les métropoles. Impossible ailleurs.

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La création d’un Ticket Restaurant universitaire réservé aux étudiants isolés mettrait fin à cette profonde inégalité territoriale. A l’instar de pays comme l’Angleterre ou la Suède, cette solution est donc une alternative pertinente, techniquement bien acceptée par les principaux acteurs concernés (émetteurs de titres, structures qui les délivrent, restaurateurs et commerçants qui les acceptent et, bien sûr, étudiants).

La possibilité d’accéder en tout point du territoire à une offre alimentaire variée proposée à tarif avantageux est désormais possible. Le Ticket Restaurant étudiant en est l’illustration : sa valeur d’acquisition de 3,30 euros délivre un pouvoir d’achat de 6,60 euros. À l’instar du titre restaurant classique, il est utilisable aussi bien dans tous les modes de restauration que dans les commerces alimentaires. Et il sera proposé avec la même simplicité d’accès et de rechargement. On ne peut que lui prédire le même succès.

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