L’actrice Corinne Masiero et la réalisatrice Josée Dayan, franches camarades

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Publié hier à 16h45, mis à jour à 17h34

Un jour, sur le tournage de Capitaine Marleau, série labellisée France Télévisions, la réalisatrice Josée Dayan s’approche de l’actrice principale, Corinne Masiero. A celle qui interprète le rôle-titre d’une policière brute de décoffrage, elle tend un cadeau. Sous le papier de soie, une veste sans manches jaune vif portant la griffe du tailleur de François Fillon. « Quitte à être “gilet jaune”, soyez chic ! » Corinne Masiero la grande gueule, qui dépasse la réalisatrice de deux têtes, reste bouche bée.

La France vibre alors au rythme des ronds-points occupés et la comédienne ne cache pas sa sympathie pour le mouvement. Contrairement à Josée Dayan. De toute manière, il n’y a pas un seul tournage des vingt-trois épisodes diffusés à ce jour en France où les deux ne se soient pas chamaillées sur la politique. « A toujours vouloir mettre le feu à la planète avec sa révolution, elle me gonfle à la fin », peste Dayan. De son côté, Masiero réplique. En râlant, mais toujours avec le vouvoiement, de rigueur dans leurs échanges.

L’anti-glamour leur va bien

Sept ans d’engueulades, mais surtout sept ans de tournage. Quatre fois par an, entre six et huit millions de téléspectateurs suivent les enquêtes de Corinne Masiero en gendarme de choc, avec sa chapka et ses répliques antimilitaristes. La série a obtenu les meilleures audiences de France 3, puis de France 2, lorsqu’elle a migré sur la première chaîne du service public. Elle a même dépassé deux fois « Koh-Lanta » cette année – qu’une fiction fasse mieux qu’une télé-réalité est presque historique à la télévision.

Josée Dayan, 77 ans, a l’habitude des audiences pharaoniques. Elle affiche 150 réalisations au compteur, la quasi-intégralité pour la télévision. Elle a connu des succès incroyables, Les Rois maudits, Le Comte de Monte-Cristo, Les Misérables… Son capitaine Marleau, cousine du Marlowe de Raymond Chandler, lui permet de rester très bien placée dans la course.

Ce n’était pas vraiment Julie Lescaut ni Navarro, mais « une femme flic sans attaches, déterminée ni par sa beauté ni par sa relation à l’amour ou à la maternité » qui a atterri sur le bureau de France Télévisions en 2015. Le scénario était d’Elsa Marpeau et la réalisation allait être assurée par Dayan.

Avec les impros de Masiero, la brave gendarme est devenue une incurable gauchiste libérée. « Vu que je suis ménopausée, je ne me plie à aucune règle », lui fait dire Corinne Masiero. Tant qu’il y a des millions d’auditeurs à gagner, Dayan laisse filer. L’anti-glamour leur va bien, elles en rajoutent. « Je suis moche, bourrin, un peu con », répète Masiero en interview. Dayan fait sa tête de bouledogue : « Je ne fais de charme à personne. » Une affaire qui roule pour France Télévisions, qui a passé en prime time ce dialogue que Jean Yanne ou Audiard n’auraient pas osé :

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