L’affectation nationale des professeurs, un garant d’égalité devenu carcan

Analyse. Ce n’est pas qu’une question technique. Ni même seulement un message à l’adresse des spécialistes – ou des acteurs – de l’école. En annonçant, le 2 septembre, au premier jour de la rentrée des classes, que les directeurs de cinquante « écoles laboratoire » pourraient « choisir » leur équipe dans les quartiers défavorisés de Marseille, Emmanuel Macron a positionné, plus rapidement qu’attendu, l’éducation dans la campagne présidentielle.

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Une proposition aux airs de petite révolution dans le paysage éducatif, où le directeur d’école n’a, aujourd’hui, aucun pouvoir sur ses collègues ni même de statut qui l’en distingue. « Je dis plein de gros mots pour beaucoup de gens », a reconnu M. Macron, devançant les réactions syndicales – elles ont été unanimement « contre » –, tout en assumant sa ligne : donner de l’autonomie aux chefs d’établissement. Une conversion de l’école au « principe du management libéral », ont réagi en nombre les enseignants.

Mutations sur barème

Historiquement, depuis que la démographie scolaire s’est envolée – dans les années 1960 et après –, c’est le « mouvement » qui préside à l’affectation des enseignants. Ces derniers en maîtrisent les rouages. Pas le néophyte, qui a besoin du mode d’emploi : passé le concours (académique au primaire, national dans le secondaire), les quelque 700 000 professeurs du public sont, tous, soumis à une procédure répondant au doux acronyme de « MNGD » – pour « mouvement national à gestion déconcentrée ».

Celle-ci repose, pour les mutations, sur un « barème » permettant de départager les candidats en fonction des vœux qu’ils formulent au sein ou en dehors de leur académie. Les enseignants ne peuvent postuler directement auprès des établissements où ils souhaiteraient enseigner : l’éducation nationale, algorithme à l’appui, y veille. En jouant sur différents critères : l’ancienneté du candidat, sa situation personnelle, le type de poste occupé par le passé…

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La méthode, centralisée, entend apporter deux garanties : celle de l’égalité de traitement entre les enseignants (qui échappent ainsi à toute forme de clientélisme lors de leur recrutement) ; celle de positionner, rentrée après rentrée, un professeur dans chaque classe. Un « petit miracle », ont coutume de dire les ministres de l’éducation. Mais le mode opératoire a aussi ses limites : parmi les 30 000 enseignants du secondaire qui, chaque année, demandent à être mutés, 60 % n’obtiennent pas satisfaction. Ce taux est encore plus élevé dans le primaire, selon le dernier bilan du ministère que Le Monde s’est procuré.

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