Lagardère perquisitionné à la suite de la plainte du fonds britannique Amber Capital

Une perquisition s’est déroulée au siège parisien de Lagardère mardi 14 septembre 2021.

Pris dans un différend judiciaire avec un de ses principaux actionnaires – le fonds britannique Amber Capital –, le groupe Lagardère a vu son siège parisien être perquisitionné mardi 14 septembre, dans le cadre d’une enquête portant notamment sur des soupçons d’achats de votes.

Des juges d’instruction ont ordonné cette perquisition, après l’ouverture en avril d’une information judiciaire pour « achat de votes », « abus de biens sociaux », « comptes inexacts » et « information fausse ou trompeuse », a fait savoir mercredi 15 septembre le Parquet national financier (PNF), confirmant une information du Point. Sollicités par l’Agence France-Presse, le groupe Lagardère et le fonds britannique n’ont pas souhaité commenter l’information.

Au printemps, Arnaud Lagardère, 60 ans, avait dû céder face aux puissants actionnaires de la multinationale, parmi lesquels Vincent Bolloré, Bernard Arnault et le fonds Amber Capital, qui contestaient sa gouvernance. Il était menacé de blocage et confronté aux difficultés économiques de son groupe – propriétaire d’Hachette Livre et de plusieurs médias dont la radio Europe 1 et l’hebdomadaire Paris Match – pendant l’épidémie de Covid-19.

Le projet de transformation, présenté fin avril et validé fin juin en assemblée générale, a mis fin au statut atypique du groupe en commandite par actions, qui rendait l’héritier de Jean-Luc Lagardère indéboulonnable bien que très minoritaire au capital. Arnaud Lagardère a obtenu par cet accord un poste de PDG pour six ans.

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Retournement de vote et comptes personnels

Avant ce dénouement, la lutte d’influence avait duré pendant des mois entre Vincent Bolloré (Vivendi), allié au fonds Amber Capital, et l’homme le plus riche de France et PDG de LVMH, Bernard Arnault, qui soutenait Arnaud Lagardère.

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Cette situation avait amené Amber Capital, initiateur de la fronde contre la gouvernance, à déposer en février une plainte auprès du PNF, dans une guérilla qui avait déjà pris à plusieurs reprises des détours juridiques. Selon Le Monde, cette plainte visait des faits remontant jusqu’à l’assemblée générale de Lagardère en mai 2018, lors de laquelle le Qatar, actionnaire de référence, avait fait volte-face à la dernière minute en modifiant son vote, initialement en faveur d’Amber, pour finalement soutenir la gouvernance. Amber dénonçait aussi des potentielles irrégularités dans les comptes de la holding personnelle d’Arnaud Lagardère, lourdement endetté auprès du Crédit agricole.

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Mais, à l’occasion de la signature du projet de transformation fin avril, Lagardère avait signé un « accord transactionnel » avec Amber Capital qui était supposé mettre fin aux diverses procédures judiciaires qui les opposaient. Le PNF s’est toutefois saisi de la plainte d’Amber Capital et a ouvert le même mois une information judiciaire.

Lorsque Le Monde a annoncé l’existence de cette enquête en juillet, le groupe a expliqué dans un communiqué qu’il « [respectait] la loi et se [défendrait] vigoureusement contre toute allégation contraire ». « Lagardère SA déplore enfin la fuite dans la presse d’informations qui résulteraient d’une procédure d’instruction, en méconnaissance du secret de l’instruction qui est protégé pénalement et a demandé à ses conseils d’engager toute procédure judiciaire en conséquence de cette violation », ajoutait le communiqué.

Début septembre, la famille Arnault a pour sa part annoncé qu’elle mettait fin au pacte d’actionnaires avec Arnaud Lagardère, et qu’elle cédait l’intégralité de ses parts dans la holding personnelle du dirigeant en échange d’actions Lagardère SA.

Le 24 septembre, le PDG Arnaud Lagardère sera face à ses actionnaires, représentés au conseil d’administration, pour présenter sa stratégie et s’expliquer sur cette affaire. Selon une source proche du dossier, « Lagardère est un groupe qui va bouger », que le dossier judiciaire s’oriente vers des mises en examen ou pas. D’après elle, « beaucoup d’actionnaires souhaitent sortir [du capital] et il y a une stratégie à redéfinir. A partir du moment où le groupe est redevenu une société comme une autre, le pouvoir est dans les mains des actionnaires. »

Le Monde avec AFP